Sinusite chronique de l’adulte en 2026
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La rhinosinusite chronique est une inflammation (et non une infection) qui dure plus de 12 semaines.
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Elle se divise en deux grandes catégories : avec polypes nasaux (RSCaPN) ou sans polypes nasaux (RSCsPN).
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Le diagnostic repose sur l’association de symptômes cliniques (congestion, perte d’odorat) et de preuves objectives à l’endoscopie ou au scanner [1].
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Les traitements de première intention restent les lavages nasaux à haut volume et les corticoïdes locaux [1].
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Les biothérapies (anticorps monoclonaux) transforment la prise en charge des formes sévères avec polypes, en réduisant drastiquement le recours à la chirurgie [4] [5].

Qu’est-ce que la rhinosinusite chronique ?
La rhinosinusite chronique se définit par une inflammation symptomatique de la muqueuse du nez et des sinus paranasaux persistant pendant au moins 12 semaines consécutives [1]. Contrairement à une idée reçue tenace, il ne s’agit pas d’une infection bactérienne qui n’aurait pas guéri, mais bien d’un dérèglement du système immunitaire local [1].
La muqueuse nasale, agressée par divers facteurs (allergènes, polluants, virus), réagit de manière excessive. Cette inflammation chronique entraîne un épaississement des tissus, une production de mucus visqueux et, dans certains cas, la formation d’excroissances bénignes appelées polypes [1].
En deux phrases : La rhinosinusite chronique est une maladie inflammatoire de longue durée des cavités sinusiennes. Elle est souvent liée à un dysfonctionnement du système immunitaire local plutôt qu’à une infection bactérienne persistante.
Les deux grands visages de la maladie
Les spécialistes distinguent classiquement deux formes principales de la maladie, qui orientent la prise en charge thérapeutique :
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La rhinosinusite chronique sans polypes nasaux (RSCsPN) : Elle représente la majorité des cas (environ 70 à 80 %). L’inflammation provoque un épaississement global de la muqueuse, sans formation de masses distinctes.
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La rhinosinusite chronique avec polypes nasaux (RSCaPN) : Plus rare mais souvent plus sévère, elle se caractérise par le développement de polypes, des formations charnues et translucides qui obstruent les fosses nasales. Cette forme est très fréquemment associée à l’ (jusqu’à 70 % des cas) [2].
Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?
Le diagnostic clinique de la rhinosinusite chronique repose sur la présence simultanée d’au moins deux symptômes majeurs pendant plus de trois mois [1].
Les symptômes cardinaux comprennent :
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Une obstruction ou une congestion nasale persistante (le nez bouché).
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Un écoulement nasal (rhinorrhée) antérieur ou postérieur (sensation de mucosités coulant dans l’arrière-gorge).
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Une diminution ou une perte totale de l’odorat (hyposmie ou anosmie), particulièrement fréquente en cas de polypes.
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Une douleur, une pression ou une sensation de lourdeur au niveau du visage (front, joues, autour des yeux).
À ces signes principaux s’ajoutent souvent des symptômes secondaires qui pèsent lourdement sur le quotidien : fatigue chronique, troubles du sommeil, maux de tête, douleurs dentaires ou encore mauvaise haleine (halitose) [1].
À retenir :
Un nez bouché et une perte d’odorat persistant plus de 3 mois doivent faire évoquer une rhinosinusite chronique.
La présence de symptômes d’un seul côté (unilatéraux), de saignements de nez répétés ou de troubles visuels constitue un signal d’alarme nécessitant une consultation ORL urgente [1].
Comment établir un diagnostic précis en 2026 ?
L’interrogatoire du patient ne suffit pas à poser un diagnostic de certitude. Les recommandations internationales (EPOS 2020) et françaises exigent la mise en évidence de signes objectifs d’inflammation [1] [6].
L’endoscopie nasale : l’examen de référence
Réalisée par le médecin ORL lors de la consultation, l’endoscopie nasale consiste à introduire une petite caméra souple ou rigide dans les fosses nasales. Cet examen indolore permet de visualiser directement l’état de la muqueuse, la présence de sécrétions purulentes ou l’existence de polypes nasaux [1].
Le scanner des sinus (TDM)
La tomodensitométrie (scanner) des sinus sans injection de produit de contraste est l’examen d’imagerie de choix. Elle permet d’évaluer l’étendue de l’inflammation (opacification des cavités sinusiennes) et de cartographier l’anatomie avant une éventuelle intervention chirurgicale [1].
Il est important de souligner que la radiographie standard des sinus est aujourd’hui totalement obsolète et inutile pour le diagnostic de cette pathologie, en raison de son manque de précision [1].
Les traitements de première intention : soulager au quotidien
L’objectif du traitement n’est pas de « guérir » définitivement la maladie, mais de contrôler l’inflammation, de restaurer la ventilation des sinus et d’améliorer la qualité de vie du patient.
Les lavages nasaux à haut volume
C’est la pierre angulaire du traitement. L’irrigation quotidienne des fosses nasales avec du sérum physiologique (à l’aide d’une douche nasale ou d’un flacon à pression) permet de nettoyer mécaniquement les sécrétions épaisses, d’éliminer les allergènes et de préparer la muqueuse à recevoir les traitements locaux [1]. Les études montrent que les dispositifs à haut volume sont nettement plus efficaces que les simples sprays d’eau de mer [1].
Les corticoïdes locaux (intranasaux)
Administrés sous forme de sprays quotidiens (comme le furoate de mométasone ou de fluticasone), ils constituent le traitement médicamenteux de référence. Ils réduisent l’inflammation locale, diminuent la taille des petits polypes et soulagent la congestion [1]. Leur utilisation au long cours est sûre, car leur passage dans la circulation sanguine générale est infime [1].
Ce qui aide aujourd’hui (même sans médicament curatif) :
Lavages nasaux quotidiens : Utiliser des dispositifs à haut volume (flacons compressibles).
Observance thérapeutique : Appliquer les sprays de corticoïdes tous les jours, même en l’absence de symptômes marqués.
Éviction des irritants : Limiter l’exposition au tabac, à la pollution et aux allergènes connus.
Prise en charge de l’asthme : Un asthme bien contrôlé améliore souvent les symptômes sinusiens.
La place limitée des antibiotiques et des corticoïdes oraux
Contrairement aux sinusites aiguës, les antibiotiques n’ont pas leur place dans le traitement de fond de la rhinosinusite chronique. Ils sont réservés aux épisodes de surinfection bactérienne aiguë (poussées douloureuses avec fièvre) [1] [7].
Les corticoïdes par voie orale (en comprimés) sont parfois prescrits en cures courtes (généralement 7 jours) pour réduire rapidement le volume des polypes et restaurer temporairement l’odorat. Cependant, leurs effets secondaires potentiels à long terme limitent strictement leur utilisation répétée [1].
La chirurgie endoscopique des sinus : quand les médicaments ne suffisent plus
Lorsque le traitement médical bien conduit pendant plusieurs mois ne permet pas de soulager le patient, une intervention chirurgicale peut être proposée.
La chirurgie endoscopique des sinus (Functional Endoscopic Sinus Surgery – FESS) est une technique mini-invasive réalisée par les voies naturelles (sans cicatrice externe). Le chirurgien ORL retire les polypes, nettoie les tissus inflammatoires et élargit l’ouverture des sinus pour faciliter leur drainage [1].
Cette intervention améliore significativement les symptômes chez environ 75 % des patients [1]. Surtout, elle permet aux traitements locaux (sprays et lavages) de pénétrer efficacement dans les cavités sinusiennes. Toutefois, la chirurgie ne modifie pas le terrain inflammatoire sous-jacent : des récidives sont possibles, nécessitant parfois des révisions chirurgicales à distance (dans 10 à 30 % des cas) [1].
La révolution des biothérapies : un nouvel espoir pour les formes sévères
L’avancée majeure de ces dernières années réside dans le développement des biothérapies (ou anticorps monoclonaux). Ces traitements innovants ciblent spécifiquement les molécules responsables de l’inflammation (les cytokines) dans les formes sévères de rhinosinusite chronique avec polypes nasaux (RSCaPN) [4].
Comment fonctionnent-elles ?
Les biothérapies bloquent les voies inflammatoires dites de « type 2 », qui sont suractivées chez de nombreux patients souffrant de polypes nasaux et d’asthme sévère. En neutralisant des protéines spécifiques (comme l’interleukine-4, l’interleukine-13 ou l’interleukine-5), ces médicaments s’attaquent à la racine du problème [4].
Les molécules disponibles en 2026
Plusieurs anticorps monoclonaux ont démontré leur efficacité et sont désormais approuvés :
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Le dupilumab (Dupixent®) : Il bloque les récepteurs des interleukines 4 et 13. Les études montrent une réduction spectaculaire de la taille des polypes, une amélioration majeure de la congestion et, fait remarquable, une restauration de l’odorat chez de nombreux patients [4] [5].
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Le mépolizumab (Nucala®) et l’omalizumab (Xolair®) : Ils ciblent respectivement l’interleukine-5 et les anticorps IgE, offrant des alternatives efficaces pour réduire le fardeau de la maladie [4] [8].
D’autres molécules, comme le benralizumab ou le tézépélumab, sont en cours d’évaluation avancée et pourraient prochainement enrichir l’arsenal thérapeutique [9].
Concrètement, qu’est-ce que cela change pour un patient français en 2026 ?
La prescription initiale est possible en ville par les spécialistes depuis 2024 en France [3].
Ces traitements sont réservés aux adultes souffrant de polypose nasale sévère, en échec des traitements classiques (corticoïdes locaux et oraux) et ayant généralement déjà subi une chirurgie [3].
Ils s’administrent par injections sous-cutanées (toutes les 2 à 4 semaines).
Ils permettent souvent d’éviter de nouvelles interventions chirurgicales et l’usage répété de corticoïdes oraux [4].
Perspectives : vers une médecine ultra-personnalisée
La recherche sur la rhinosinusite chronique est extrêmement dynamique. Les prochaines années devraient voir l’émergence de biomarqueurs sanguins ou tissulaires permettant de prédire à l’avance quelle biothérapie sera la plus efficace pour un patient donné (médecine de précision). Par ailleurs, l’étude du microbiome nasal (l’écosystème des bactéries vivant dans nos sinus) ouvre de nouvelles pistes pour comprendre l’origine de l’inflammation et développer des thérapies restauratrices innovantes [10]. Pour aller plus loin sur l’évolution de notre anatomie nasale et comprendre ces pathologies, découvrez notre article sur .
Article rédigé par le Dr Michel Bensadoun, L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts concernant cet article.
Note : Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle, notamment pour l’assistance à la rédaction et à l’illustration. Le contenu a été soigneusement relu, validé et complété par l’auteur pour garantir sa fiabilité et sa pertinence.
Important : Cet article n’a pas vocation à remplacer une consultation médicale. Chaque situation est unique et nécessite une prise en charge individualisée.
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Références
[1] Chin CJ, Scott JR, Lee JM. Diagnostic et prise en charge de la rhinosinusite chronique. CMAJ. 2025;197(15):E427-E434.
[2] Fokkens WJ, et al. European Position Paper on Rhinosinusitis and Nasal Polyps 2020. Rhinology. 2020;58(Suppl S29):1-464.
[3] Journal Officiel de la République Française. Arrêté du 29 mars 2024 modifiant les conditions de prescription et de délivrance de certaines biothérapies (dupilumab, mépolizumab, omalizumab). 2024.
[4] Cai S, et al. Efficacy and Safety of Biologics for Chronic Rhinosinusitis with Nasal Polyps. J Clin Med. 2025.
[5] Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF). Dupilumab ou omalizumab ? La première comparaison directe dans la polypose nasale sévère avec asthme. 2025.
[6] Société Française d’Oto-Rhino-Laryngologie (SFORL). Recommandations pour la pratique clinique : rhinosinusite chronique. 2023.
[7] Haute Autorité de Santé (HAS). Choix et durées d’antibiothérapies : Sinusite de l’adulte. 2021.
[8] Blauwblomme M, et al. Real-Life Effectiveness of Mepolizumab and Omalizumab in Severe Uncontrolled CRSwNP. J Allergy Clin Immunol. 2025.
[9] Agence Européenne des Médicaments (EMA). Nouvelles approches thérapeutiques dans la rhinosinusite chronique sévère. 2025.
[10] de Mezer M, et al. Changes in the Microbiome During Chronic Rhinosinusitis. Trends Microbiol. 2024.


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