Hypothyroïdie : quand penser à la thyroïde ?
Une fatigue qui s’installe, quelques kilos supplémentaires, le besoin d’un pull quand les autres ont chaud, un moral moins bon… Faut-il chercher du côté de la thyroïde ? Ces manifestations peuvent accompagner une hypothyroïdie, mais elles ont aussi beaucoup d’autres explications. Ce n’est pas un symptôme isolé qui permet de conclure, ni un questionnaire en ligne : le diagnostic repose sur le contexte clinique et une prise de sang bien interprétée. [1] [2]
La difficulté est double. Il faut savoir évoquer une maladie thyroïdienne sans attribuer automatiquement toute fatigue à cette petite glande. Il faut aussi distinguer un manque hormonal qui nécessite un traitement d’une légère anomalie biologique qui peut simplement demander une surveillance, notamment après 65 ans. [1]
Ce guide explique les signes qui méritent une consultation, le rôle du dosage de la TSH, la maladie de Hashimoto et les bonnes conditions de prise de la lévothyroxine. Un encadré destiné aux soignants rassemble les seuils et les repères de suivi selon les recommandations françaises.
Points clés
- Plusieurs symptômes persistants et associés peuvent faire penser à la thyroïde, sans suffire au diagnostic. [1] [2]
- La TSH est le premier examen d’une suspicion d’hypothyroïdie primaire ; la T4 libre complète le bilan selon le résultat. [1]
- Une hypothyroïdie « fruste » signifie que la TSH est durablement élevée, mais que la T4 libre reste normale. Le traitement n’est pas automatique. [1]
- La lévothyroxine se prend régulièrement, dans des conditions qui favorisent son absorption. Le café, le fer, le calcium et certains traitements digestifs comptent. [1] [4] [5]
- Chez la personne âgée, une élévation modérée de TSH doit être interprétée selon l’âge, avant de prescrire. [1]
À quoi sert la thyroïde ?
La thyroïde est une glande située à la base du cou, devant la trachée. Ses deux lobes reliés évoquent la forme d’un papillon. Elle fabrique des hormones qui participent à la régulation de la température, de l’activité musculaire, du rythme cardiaque et du transit intestinal. Elles contribuent aussi au fonctionnement cérébral et à la croissance de l’enfant. [3]
La thyroxine, ou T4, est produite en plus grande quantité. Une partie est transformée dans l’organisme en triiodothyronine, ou T3, une hormone active dans les tissus. Quand la production thyroïdienne devient insuffisante, on parle d’hypothyroïdie. Le fonctionnement de plusieurs organes peut alors ralentir. [3]
La thyroïde reçoit ses instructions de l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau. Celle-ci sécrète la TSH, de l’anglais thyroid-stimulating hormone, ou hormone stimulant la thyroïde. Lorsque les hormones thyroïdiennes manquent à cause d’une défaillance de la thyroïde, la TSH augmente généralement pour stimuler davantage la glande. [3]
En deux phrases : la TSH renseigne sur le signal adressé à la thyroïde, tandis que la T4 libre renseigne sur l’hormone disponible dans le sang. Une TSH élevée n’a donc pas exactement le même sens selon que la T4 libre est basse ou normale. [1]
Hypothyroïdie : quels symptômes peuvent donner l’alerte ?
Fatigue, frilosité et transit ralenti
La fatigue peut être physique, intellectuelle ou les deux. Certaines personnes décrivent une somnolence, une difficulté à se concentrer ou une impression de ralentissement. La frilosité et une constipation récente peuvent compléter le tableau. Ces signes sont plus évocateurs lorsqu’ils apparaissent ensemble et représentent un changement par rapport à l’état habituel. [1] [2]
Mais une fatigue isolée est très peu spécifique. Un sommeil insuffisant, une anémie, une dépression, un traitement sédatif ou une autre maladie peuvent produire une gêne comparable. La consultation sert justement à ne pas choisir trop vite une explication unique. [1]
Prise de poids, peau et cheveux
Une prise de poids, généralement modérée dans le tableau décrit par la Haute Autorité de santé, peut accompagner l’hypothyroïdie. Une peau plus sèche, une chute de cheveux, des crampes ou une voix devenue plus rauque sont d’autres indices possibles. Des troubles des règles peuvent aussi faire partie du tableau. [1]
Il faut éviter le raccourci « prise de poids = thyroïde ». Le poids dépend de nombreux facteurs, et la présence d’une hypothyroïdie ne permet pas d’attribuer chaque kilo au déficit hormonal. Le traitement corrige un manque d’hormones : ce n’est pas un médicament destiné à maigrir. [1] [4]
Moral bas : une piste, pas une explication systématique
L’hypothyroïdie peut s’accompagner de symptômes dépressifs et de troubles de la concentration. Une dépression inexpliquée peut donc justifier une recherche ciblée. Cela ne signifie pas que tout trouble de l’humeur est thyroïdien, ni qu’un dosage normal rend la souffrance moins réelle. [1] [2]
Une question utile à poser en consultation est : « Depuis quand ces changements sont-ils présents, et lesquels sont apparus ensemble ? » Leur chronologie, les médicaments pris et les antécédents apportent souvent plus que l’addition d’une longue liste de symptômes.

Des symptômes associés peuvent orienter vers un dosage de la TSH, mais ne suffisent pas à diagnostiquer une hypothyroïdie.
Quand demander un dosage de la TSH ?
Le dosage est pertinent devant des symptômes compatibles, surtout s’ils sont associés ou persistants. Le médecin peut également y penser devant un cholestérol élevé inexpliqué, un goitre — une augmentation de volume de la thyroïde — ou certains antécédents. La HAS ne recommande pas le dépistage systématique de tous les adultes en bonne santé sans symptômes. [1]
La probabilité d’une maladie thyroïdienne augmente notamment en cas d’antécédent de chirurgie de la thyroïde, de traitement par iode radioactif, d’irradiation du cou ou de maladie auto-immune. Le lithium et l’amiodarone peuvent aussi affecter la fonction thyroïdienne. Il ne faut pas arrêter ces médicaments de sa propre initiative : leur prescription et la surveillance doivent être discutées avec le médecin. [1] [3]
Après un accouchement, une thyroïdite peut être une cause de fatigue parfois attribuée uniquement aux nuits courtes. Cette inflammation peut passer par une phase d’hyperthyroïdie, puis d’hypothyroïdie ; elle peut être transitoire ou persister. Le contexte post-partum mérite donc d’être signalé. [3]
Une prise de sang effectuée pendant une infection, une hospitalisation ou après une chirurgie peut être plus difficile à interpréter. En l’absence de suspicion thyroïdienne nécessitant une décision immédiate, il est souvent préférable de doser à distance de l’épisode aigu. [1] [10]
Comprendre le résultat : TSH et T4 libre
La TSH en première intention
Pour rechercher une hypothyroïdie primaire, c’est-à-dire liée à la thyroïde elle-même, le premier dosage recommandé est la TSH. Il n’est pas nécessaire de demander d’emblée tous les examens hormonaux possibles. Les valeurs se lisent selon l’intervalle de référence du laboratoire, la situation clinique et l’âge. [1]
Si la TSH est dans la norme et qu’aucune origine hypophysaire n’est suspectée, une hypothyroïdie primaire est peu probable. Il faut alors poursuivre la recherche d’autres causes aux symptômes, plutôt que multiplier systématiquement les dosages thyroïdiens. Le dosage de la T3 libre n’est pas recommandé pour le diagnostic courant d’hypothyroïdie. [1]
Une légère élévation doit être confirmée
Une TSH au-dessus de la référence mais inférieure à 10 mUI/L doit généralement être contrôlée après au moins six semaines : elle peut se normaliser. Si l’élévation persiste, le dosage de la T4 libre, ou T4L, précise la situation. Lorsque la TSH initiale est supérieure à 10 mUI/L, la HAS recommande de doser directement la T4L. Le laboratoire peut réaliser les examens complémentaires en cascade sur le même prélèvement, selon la prescription. [1]
La T4L est la fraction de thyroxine qui n’est pas liée aux protéines de transport sanguin. Elle permet de distinguer une insuffisance hormonale constituée d’une situation dans laquelle la thyroïde maintient encore une concentration normale de T4L malgré une stimulation plus forte. [1] [3]
Forme avérée et forme fruste : deux situations différentes
Dans sa recommandation, la HAS définit l’hypothyroïdie avérée par une TSH supérieure à 10 mUI/L avec une T4L sous l’intervalle de référence. La forme fruste, également appelée subclinique, associe une TSH élevée sur au moins deux prélèvements espacés d’au moins six semaines et une T4L normale. [1]
Le mot « fruste » décrit ici un profil biologique, pas le caractère imaginaire ou négligeable des symptômes. Une personne peut se sentir fatiguée avec une forme fruste ; cela ne démontre cependant pas que cette anomalie en est la cause, ni qu’un traitement améliorera son état. [1] [8]
Les résultats discordants ne doivent pas être forcés dans ces deux cases. Une T4L basse avec une TSH normale ou peu élevée, notamment chez une personne ayant une maladie hypophysaire, demande une autre analyse et souvent un avis spécialisé. [1]
Hashimoto : quand le système immunitaire vise la thyroïde
La thyroïdite auto-immune est la cause la plus fréquente d’hypothyroïdie dans le contexte français. « Auto-immune » signifie que le système immunitaire réagit contre des constituants de l’organisme. La maladie de Hashimoto appartient à ce groupe : l’inflammation chronique peut progressivement réduire la production d’hormones. La taille de la glande peut varier selon la forme et son évolution. [1] [3]
Les anticorps anti-thyroperoxydase, ou anti-TPO, sont dirigés contre une enzyme impliquée dans la fabrication des hormones thyroïdiennes. Leur dosage aide à rechercher la cause après le diagnostic et, dans une forme fruste, à estimer le risque d’évolution. Un résultat positif ne suffit pas, à lui seul, à décider d’une prescription : la fonction thyroïdienne et le contexte restent déterminants. [1]
Il n’est pas utile de suivre régulièrement le chiffre des anti-TPO lorsqu’ils sont déjà positifs. Leur diminution n’est pas l’objectif du traitement, et leur variation ne guide pas habituellement la dose de lévothyroxine. [1]
Faut-il une échographie ?
Pas systématiquement. La prise de sang explore la fonction de la thyroïde ; l’échographie étudie sa structure. Elle est notamment indiquée devant un nodule ou un ganglion palpable, ou des signes de compression comme une gêne pour avaler, respirer ou parler. Elle peut être discutée dans d’autres situations précises, mais une hypothyroïdie ou des anti-TPO positifs n’imposent pas automatiquement une échographie. [1] [11]
Quand le traitement est-il nécessaire ?
Lévothyroxine : remplacer l’hormone manquante
La lévothyroxine, aussi notée LT4, est une forme de thyroxine utilisée pour remplacer l’hormone insuffisamment produite. Elle est le traitement de référence de l’hypothyroïdie primaire avérée. La dose est individualisée selon la situation, notamment l’âge, les antécédents cardiaques et l’importance du déficit. Il n’existe pas de dose universelle à choisir seul. [1] [4]
L’objectif associe un bilan hormonal dans la cible et une amélioration clinique, sans signes de surdosage. Quand la cause est durable, le traitement peut être nécessaire au long cours. Certaines thyroïdites transitoires appellent au contraire une réévaluation : c’est la cause et l’évolution qui déterminent la durée, pas seulement le fait d’avoir commencé un comprimé. [1] [3]
Une forme fruste ne se traite pas toujours
Avant 65 ans, la HAS recommande un traitement lorsque la TSH est confirmée au-dessus de 10 mUI/L avec T4L normale. Entre 4 et 10 mUI/L, elle propose de l’envisager selon les symptômes, les anti-TPO, le goitre ou les antécédents et facteurs de risque cardiovasculaire, dont une anomalie des lipides. Envisager n’est pas prescrire automatiquement : le bénéfice attendu, les contraintes et la surveillance sont discutés avec la personne. [1]
Si un traitement a été essayé pour améliorer des symptômes mais que ceux-ci persistent malgré une TSH normalisée depuis plusieurs mois, sa poursuite doit être réévaluée. L’arrêt éventuel relève d’une décision concertée, pas d’une interruption autonome. [1]
Après 65 ans : ne pas traiter un chiffre isolé
La TSH peut augmenter modérément avec l’âge sans signifier un manque hormonal à corriger. La HAS propose des limites supérieures adaptées à l’âge : par exemple 7 mUI/L entre 70 et 79 ans, et 8 mUI/L entre 80 et 89 ans. Ces valeurs sont des repères d’interprétation, pas des seuils automatiques de traitement. [1]
L’essai TRUST a inclus 737 personnes d’au moins 65 ans avec une TSH élevée persistante et une T4L normale. La TSH de départ était en moyenne modérément élevée, autour de 6,4 mUI/L. Après un an, la lévothyroxine avait abaissé la TSH, mais n’avait pas amélioré les symptômes thyroïdiens ni la fatigue par rapport au placebo. [7]
Une méta-analyse de 21 essais, réunissant 2 192 adultes non enceintes, n’a pas non plus montré d’amélioration de la qualité de vie ou des symptômes avec un traitement hormonal systématique des formes frustes. Ces résultats ne concernent pas l’hypothyroïdie avérée avec T4L basse ni la grossesse. [8]
En pratique, chez une personne âgée avec T4L normale, une élévation modérée conduit souvent à surveiller. Pour une TSH entre 10 et 20 mUI/L, la décision est individualisée ; au-dessus de 20 mUI/L, la HAS recommande la lévothyroxine, même sans symptôme. Lorsqu’un traitement est retenu, il débute prudemment. Un excès hormonal peut favoriser notamment des troubles du rythme cardiaque et fragiliser les os. [1]
Une analyse groupée de TRUST et de l’essai IEMO80+ n’a pas établi de bénéfice cardiovasculaire du traitement chez ces personnes âgées. Le suivi était relativement court et le nombre d’événements limité : cela ne prouve ni une protection ni une innocuité à très long terme. [9]
Bien prendre la lévothyroxine au quotidien
À jeun, avec de l’eau et une routine stable
Pour LEVOTHYROX en comprimés, le résumé français des caractéristiques du produit prévoit une prise unique le matin à jeun, une demi-heure avant le petit-déjeuner, avec de l’eau. La HAS donne un repère proche, de 20 à 30 minutes avant le repas. Les conseils doivent rester adaptés à la spécialité et à la formulation réellement prescrites. [1] [4]
« À jeun » ne signifie donc pas avaler le comprimé avec une première gorgée de café. Les recommandations de l’Association européenne de la thyroïde, ou ETA, proposent d’attendre une heure avant le café pour les comprimés. Ce délai spécifique au café n’est pas une phrase du RCP français de LEVOTHYROX : c’est un conseil complémentaire fondé notamment sur des données d’absorption. [5] [6]
L’essentiel est une prise régulière et reproductible. Si l’organisation matinale est difficile, mieux vaut demander une solution au prescripteur ou au pharmacien que modifier fréquemment les conditions de prise. Notre article sur la voie per os, c’est-à-dire par la bouche, explique pourquoi les conditions d’absorption d’un médicament oral comptent.
Fer, calcium et traitements digestifs
Le fer, le calcium et certains antiacides ou produits digestifs peuvent réduire l’absorption de la lévothyroxine. Ils ne doivent pas être pris simultanément. Les références françaises conseillent un espacement d’au moins deux heures ; le RCP (Résumé des Caractéristiques du Produit) de LEVOTHYROX indique « plus de 2 heures si possible ». Les recommandations européennes proposent des marges plus larges, souvent quatre heures ou davantage selon le produit. [1] [4] [5]
Ces intervalles ne doivent pas être confondus. Quatre heures ne sont pas une exigence universelle du RCP français. Le pharmacien peut organiser un horaire compatible avec les médicaments réellement utilisés, plutôt qu’appliquer une règle approximative à tous les produits.
Les inhibiteurs de la pompe à protons, ou IPP, sont des médicaments qui réduisent l’acidité de l’estomac. Ils peuvent aussi diminuer l’absorption des comprimés de lévothyroxine. Décaler l’horaire ne résout pas forcément toute l’interaction : une surveillance clinique et biologique peut être nécessaire lors de leur introduction ou de leur arrêt. Ne les arrêtez pas seul. [4]
Un changement durable de consommation de soja, notamment sous forme de complément, peut également modifier les besoins. Signalez les changements importants, mais ne modifiez pas vous-même la dose. [4] [5]
Compléments : attention à l’iode et à la biotine
Les compléments « pour la thyroïde » ne remplacent pas un traitement prescrit. La HAS ne recommande pas les compléments ou préparations iodées pour traiter une hypothyroïdie. Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer l’iode alimentaire : il est nécessaire à la fabrication des hormones. [1] [3]
La biotine, parfois présente dans les compléments pour les cheveux, la peau et les ongles, pose un problème différent. Elle peut fausser certains dosages thyroïdiens sans traduire un véritable dérèglement de la glande. Signalez sa prise au médecin et au laboratoire avant le prélèvement ; le délai d’arrêt éventuel dépend du produit et de la méthode de dosage. [1] [4]
En cas d’oubli
La conduite dépend de la spécialité, de la dose et de la situation individuelle. Il ne faut pas décider seul de doubler ou de réorganiser les prises. Consultez la notice et demandez une consigne au pharmacien ou au médecin. La notice française de LEVOTHYROX précise de contacter le médecin si plusieurs doses ont été omises. [4]

Pour les comprimés, la régularité et l’espacement des produits interférents comptent. Le délai exact dépend du produit et de la prescription.
Pourquoi attendre avant de contrôler la TSH ?
La lévothyroxine a une demi-vie d’environ six à sept jours : c’est le temps nécessaire pour que sa concentration diminue de moitié. Son effet biologique après une modification de dose se stabilise progressivement. C’est pourquoi la HAS recommande généralement un contrôle de TSH après six à huit semaines à dose constante, et non quelques jours après le changement. [1] [4] [12]
Le même délai s’applique habituellement après un changement de spécialité. Une variation importante du poids, de nouveaux symptômes ou un traitement associé peuvent également justifier un contrôle. Une fois l’équilibre obtenu, la TSH est habituellement vérifiée chaque année, avec une évaluation du ressenti et de la tolérance. [1]
Notre guide sur la demi-vie d’un médicament aide à comprendre cette progression. Le délai biologique ne signifie pas que tous les symptômes doivent disparaître exactement à six semaines.
Et si la fatigue persiste malgré une TSH normale ?
Une TSH dans la cible n’invalide pas les symptômes. Il faut vérifier les prises, les interactions, une éventuelle difficulté d’absorption ou une interférence du dosage, puis rechercher d’autres explications. Le sommeil, l’humeur, une anémie ou une autre maladie peuvent demander une évaluation propre. [1]
Augmenter systématiquement la dose pour obtenir une TSH toujours plus basse expose au surtraitement. De même, le dosage de T3 n’est pas un examen de routine du suivi d’une hypothyroïdie primaire. L’association de T4 et de T3 ne se discute qu’exceptionnellement avec un spécialiste, après exclusion d’autres causes ; sa supériorité sur la lévothyroxine seule n’est pas démontrée de façon constante. [1] [12]
Grossesse, enfant et hypophyse : des situations particulières
En cas de projet de grossesse ou de grossesse débutante, il faut contacter rapidement le médecin. Les seuils et le rythme de surveillance sont spécifiques. Chez une femme déjà traitée, la HAS prévoit une augmentation précoce des besoins en lévothyroxine et un suivi rapproché : une consigne anticipée avec le prescripteur évite d’attendre le contrôle annuel. Les recommandations de simple surveillance chez la personne âgée ne s’appliquent pas ici. [1]
Chez l’enfant, une hypothyroïdie peut affecter la croissance et le développement. Un ralentissement de la courbe de taille appelle un bilan pédiatrique, pas l’application des seuils thérapeutiques de l’adulte. Notre article sur l’hormone de croissance et son encadrement rappelle que la fonction thyroïdienne fait partie de l’évaluation des troubles de croissance. [3]
Une maladie de l’hypophyse constitue une autre exception : la TSH peut ne pas augmenter malgré une T4L basse. On parle alors d’hypothyroïdie centrale. La TSH seule ne suffit ni au diagnostic ni au suivi ; la prise en charge relève d’un cadre spécialisé. [1]
Pour les soignants : seuils et rythme du suivi
Repères HAS — hypothyroïdie primaire de l’adulte, hors grossesse [1]
Diagnostic. TSH en première intention. Si elle dépasse la référence mais reste <10 mUI/L, contrôle après au moins six semaines, puis T4L si l’élévation persiste. Si TSH >10 mUI/L d’emblée, doser la T4L. T3L non recommandée en routine diagnostique. Une discordance biologique impose de revoir le contexte et les interférences.
Définitions. Forme avérée selon la HAS : TSH >10 mUI/L et T4L basse. Forme fruste : TSH élevée sur au moins deux prélèvements à au moins six semaines d’intervalle, avec T4L normale. Les anti-TPO recherchent l’étiologie ; ne pas les répéter s’ils sont positifs.
Forme fruste avant 65 ans. Avant traitement, deux TSH à 6–12 semaines d’intervalle. LT4 recommandée si TSH confirmée >10 mUI/L. Entre 4 et 10 : envisager selon symptômes, anti-TPO, goitre et risque cardiovasculaire, dont dyslipidémie, en décision partagée. Si la TSH est normalisée depuis 3–4 mois sans amélioration clinique, discuter l’arrêt du traitement essayé.
Après 65 ans. Interpréter selon l’âge : proposition de borne haute de TSH égale à la décennie d’âge à partir de 60 ans, soit 6 mUI/L à 60–69 ans, 7 à 70–79, 8 à 80–89 et 9 à 90–99. Ces bornes ne sont pas des seuils d’intervention. Si T4L normale et élévation modérée au-delà de la borne adaptée : contrôle à 3–6 mois sans LT4 automatique. Si TSH 10–20 mUI/L : discussion individualisée ; >20 : LT4 recommandée même sans symptôme.
Si traitement de la personne âgée. Initiation prudente, typiquement 12,5–25 µg/j, puis titration. Viser plutôt la partie haute de la référence adaptée à l’âge, avec TSH dans tous les cas >1 mUI/L selon la HAS. Prévenir angor, fibrillation atriale et ostéoporose ; ne pas chercher une TSH supprimée.
Sous LT4. Contrôle clinique et TSH à 6–8 semaines après début, changement de dose ou de spécialité. Avant d’augmenter : revoir prise, observance, interactions, malabsorption et biotine. Équilibre : deux TSH dans la référence à trois mois d’intervalle à même dose, avec amélioration clinique cohérente ; ensuite suivi annuel. T4L utile en cas de discordance ou d’équilibration difficile, pas systématiquement.
Forme fruste non traitée. Hors parcours spécifique de la personne âgée : TSH à un an, puis tous les 2–3 ans si stable et sans signes ; annuelle si anti-TPO élevés, chirurgie thyroïdienne ou iode radioactif. Chez la personne âgée suivie pour élévation persistante : surveillance à six mois puis annuelle, à rapprocher selon la clinique.
Exceptions. Suspicion centrale : TSH et T4L d’emblée, suivi spécialisé ne reposant pas sur la TSH. Grossesse : parcours spécifique ; à défaut de référence par trimestre, borne haute 4 mUI/L. LT4 si TSH >4 mUI/L confirmée ; discussion entre 2,5 et 4 avec anti-TPO positifs. Chez une patiente déjà substituée, prévoir avec elle la majoration de 20–30 % dès connaissance de la grossesse et la TSH toutes les 4–6 semaines jusqu’à 22 semaines d’aménorrhée, puis au moins une fois entre 30 et 34 semaines.
L’essentiel : penser à la thyroïde, sans tout lui attribuer
Plusieurs changements persistants — fatigue, frilosité, constipation, prise de poids ou ralentissement — justifient d’en parler au médecin. La TSH est un bon point de départ lorsqu’une hypothyroïdie primaire est suspectée. Son interprétation exige toutefois de regarder la T4L si nécessaire, la confirmation de l’anomalie et l’âge. [1]
Lorsqu’un remplacement hormonal est indiqué, une prise régulière et un suivi bien organisé permettent d’ajuster le traitement. Lorsqu’une forme fruste ne justifie pas de médicament, surveiller est aussi une prise en charge. Dans les deux cas, le but est de soigner une personne, pas de corriger un chiffre à tout prix.
Références
[1] Haute Autorité de santé. Prise en charge des hypothyroïdies chez l’adulte. Recommandation validée le 15 décembre 2022, mise en ligne le 14 mars 2023. Recommandation complète.
[2] Caisse nationale de l’Assurance Maladie. Circonstances de découverte, diagnostic et évolution de l’hypothyroïdie. ameli.fr. Mis à jour le 9 février 2026. Lire la page.
[3] Caisse nationale de l’Assurance Maladie. Comprendre l’hypothyroïdie et ses causes. ameli.fr. Mis à jour le 9 février 2026. Lire la page.
[4] ANSM ; Base de données publique des médicaments. LEVOTHYROX 125 microgrammes, comprimé sécable : résumé des caractéristiques du produit et notice. Textes du 4 mars 2024 ; fiche consultée le 26 octobre 2026. RCP et notice.
[5] Centanni M, Duntas L, Feldt-Rasmussen U, et al. ETA guidelines for the use of levothyroxine sodium preparations in monotherapy to optimize the treatment of hypothyroidism. European Thyroid Journal. 2025;14(4):e250123. DOI : 10.1530/ETJ-25-0123. Texte intégral.
[6] Benvenga S, Bartolone L, Pappalardo MA, et al. Altered intestinal absorption of L-thyroxine caused by coffee. Thyroid. 2008;18(3):293–301. DOI : 10.1089/thy.2007.0222. Résumé PubMed.
[7] Stott DJ, Rodondi N, Kearney PM, et al. Thyroid hormone therapy for older adults with subclinical hypothyroidism. New England Journal of Medicine. 2017;376:2534–2544. DOI : 10.1056/NEJMoa1603825. Texte intégral.
[8] Feller M, Snel M, Moutzouri E, et al. Association of thyroid hormone therapy with quality of life and thyroid-related symptoms in patients with subclinical hypothyroidism: a systematic review and meta-analysis. JAMA. 2018;320(13):1349–1359. DOI : 10.1001/jama.2018.13770. Texte intégral.
[9] Zijlstra LE, Jukema JW, Westendorp RGJ, et al. Levothyroxine treatment and cardiovascular outcomes in older people with subclinical hypothyroidism: pooled individual results of two randomised controlled trials. Frontiers in Endocrinology. 2021;12:674841. DOI : 10.3389/fendo.2021.674841. Texte intégral.
[10] National Institute for Health and Care Excellence. Thyroid disease: assessment and management. NG145. 2019, mise à jour le 12 octobre 2023. Recommandations.
[11] Haute Autorité de santé ; Conseil national professionnel de radiologie et imagerie médicale. Exploration des pathologies thyroïdiennes chez l’adulte : pertinence et critères de qualité de l’échographie, pertinence de la cytoponction échoguidée. 2021. Document de pertinence.
[12] Jonklaas J, Bianco AC, Bauer AJ, et al. Guidelines for the treatment of hypothyroidism: prepared by the American Thyroid Association task force on thyroid hormone replacement. Thyroid. 2014;24(12):1670–1751. DOI : 10.1089/thy.2014.0028. Texte intégral.
Article rédigé par le Dr Michel Bensadoun, L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts concernant cet article.
Note : Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle, notamment pour l’assistance à la rédaction et à l’illustration. Le contenu a été soigneusement relu, validé et complété par l’auteur pour garantir sa fiabilité et sa pertinence.
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