Carence en fer : la reconnaître et bien la traiter
Une fatigue qui s’installe, un essoufflement inhabituel dans les escaliers, des cheveux qui tombent davantage : une carence en fer fait parfois partie des explications. Mais ces signes ne lui appartiennent pas exclusivement. Avant d’acheter un complément, il faut vérifier le diagnostic et comprendre pourquoi le fer manque.
La carence peut exister avec ou sans anémie. Une hémoglobine normale n’exclut donc pas des réserves insuffisantes. À l’inverse, une anémie n’est pas toujours due au fer. La ferritine et la numération formule sanguine apportent des informations complémentaires, à interpréter dans le contexte de chaque personne [1] [2].
Bien traiter une carence ne consiste pas seulement à prendre des comprimés. Il faut rechercher une perte de sang, des apports insuffisants ou une difficulté d’absorption, puis choisir une prise de fer efficace et supportable. Les données récentes sur le rythme un jour sur deux permettent d’individualiser le traitement, sans en faire une règle universelle.
Points clés
– Les symptômes orientent, mais une prise de sang est nécessaire pour confirmer la carence.
– La ferritine renseigne sur les réserves ; l’hémoglobine permet de reconnaître l’anémie.
– Les règles abondantes sont une cause fréquente. Chez l’homme et après la ménopause, une anémie par carence en fer doit faire rechercher une cause digestive.
– Le fer oral est souvent le premier traitement. Une prise un jour sur deux peut être proposée, notamment en cas de mauvaise tolérance.
– Une perfusion a des indications précises et nécessite une surveillance médicale [1] [2] [8] [9].
À quoi sert le fer et quand parle-t-on de carence ?
Le fer entre dans la composition de l’hémoglobine, la protéine des globules rouges qui transporte l’oxygène. Il participe aussi au fonctionnement des muscles et de nombreuses enzymes. L’organisme conserve une partie du fer en réserve ; la ferritine est une protéine de stockage dont le dosage sanguin aide à évaluer ces réserves [1].
Une carence apparaît lorsque les apports et l’absorption ne compensent plus les besoins ou les pertes. Au début, les réserves diminuent, alors que la fabrication des globules rouges peut encore rester suffisante. C’est la carence en fer sans anémie. Si le manque s’aggrave, la production d’hémoglobine devient insuffisante : on parle alors d’anémie ferriprive, c’est-à-dire d’anémie liée au manque de fer [1] [2].
Il existe également des situations où le fer est présent dans l’organisme, mais moins disponible pour fabriquer les globules rouges. L’inflammation modifie sa circulation et son utilisation. Une carence réelle et cette mauvaise disponibilité peuvent coexister, notamment dans certaines maladies chroniques. Le bilan devient alors plus complexe qu’un simple chiffre de ferritine [1] [3].
Quels symptômes peuvent évoquer une carence en fer ?
Une fatigue persistante, une moindre tolérance à l’effort ou une difficulté à se concentrer peuvent conduire à rechercher une carence. Lorsque l’anémie est présente, l’essoufflement, les palpitations, les vertiges ou la pâleur peuvent être plus marqués. Certaines personnes rapportent des jambes sans repos ou une envie inhabituelle de mâcher de la glace ou de consommer des substances non alimentaires, appelée pica [1].
Ces manifestations sont peu spécifiques. Un mauvais sommeil, une maladie thyroïdienne, une infection, une autre anémie ou de nombreuses autres situations peuvent produire une fatigue comparable. Il ne faut donc ni conclure à une carence sur les symptômes seuls, ni considérer que le fer résoudra nécessairement tous les symptômes.
Une carence confirmée sans anémie peut contribuer à la fatigue. Une revue systématique d’essais randomisés a retrouvé une amélioration moyenne de la fatigue ressentie avec la supplémentation, mais pas de bénéfice démontré sur les mesures objectives de capacité physique. Cela justifie une prise en charge adaptée, pas une prescription de fer pour toute fatigue inexpliquée [6].
Une chute diffuse des cheveux peut également motiver un bilan. Les études retrouvent une association entre certaines chutes de cheveux féminines et des réserves plus basses, sans prouver que le fer fasse repousser les cheveux dans toutes les situations. Notre guide sur la perte de cheveux chez la femme explique les autres causes à envisager [7].
Quand ne pas attendre ?
Un essoufflement au repos, une douleur thoracique, un malaise avec perte de connaissance ou un saignement important nécessitent une évaluation urgente. Appelez le 15 ou le 112 en cas de symptômes sévères. Des selles noires, goudronneuses, un vomissement de sang ou une aggravation rapide ne doivent pas être attribués simplement à un manque de fer ou au traitement [1] [2].
Quelle prise de sang permet de confirmer le diagnostic ?
La NFS recherche l’anémie
La numération formule sanguine (NFS), aussi appelée hémogramme, mesure notamment l’hémoglobine. Chez l’adulte, les repères usuels d’anémie sont une hémoglobine inférieure à 13 g/dL chez l’homme et à 12 g/dL chez la femme non enceinte. La grossesse, l’âge et certaines circonstances nécessitent une interprétation spécifique [1].
Le médecin regarde aussi la taille moyenne des globules rouges, appelée volume globulaire moyen (VGM). Une carence évoluée peut donner des globules rouges plus petits, mais un VGM normal n’exclut pas une carence débutante. Et des globules rouges petits ne prouvent pas, à eux seuls, un manque de fer [1] [2].
La NFS décrit aussi les globules blancs et les plaquettes. Pour comprendre l’ensemble du compte rendu, vous pouvez consulter notre article sur les globules blancs et la lecture de la NFS. Pour l’anémie, c’est surtout la ligne « hémoglobine » qui compte.
La ferritine évalue les réserves
En dehors d’une inflammation, une ferritine basse est un argument majeur en faveur d’une carence. Un résultat inférieur à 15 µg/L indique des réserves très diminuées ; un seuil clinique autour de 30 µg/L permet de repérer davantage de carences. L’American Society of Hematology (ASH), société américaine d’hématologie, propose dans ses recommandations de septembre 2026 un seuil de 30 µg/L ou moins chez l’adulte sans inflammation, mais avec un niveau de certitude limité [2] [4].
Il n’existe toutefois pas un chiffre magique valable pour tout le monde. Un résultat situé au-dessus de 30 µg/L peut encore nécessiter une discussion si les symptômes, les pertes sanguines ou une maladie chronique rendent la carence plausible. Le seuil d’interprétation dépend de la situation ; il n’est pas interchangeable avec un objectif de traitement [1] [4].
Les unités peuvent dérouter : pour la ferritine, 1 µg/L correspond à 1 ng/mL. En revanche, le dosage du fer dans le sérum, pris isolément, varie et ne remplace pas l’évaluation des réserves. Une prescription systématique de tous les examens du fer n’est pas nécessaire dans une situation simple [1] [3].
Une ferritine normale peut être trompeuse en cas d’inflammation
La ferritine augmente aussi lors d’une inflammation. Une valeur normale ou élevée peut alors masquer une carence. Le médecin peut compléter le bilan par un marqueur inflammatoire, comme la protéine C-réactive (CRP), et par le coefficient de saturation de la transferrine, ou CS-Tf. La transferrine transporte le fer dans le sang ; ce coefficient indique la proportion de ses sites de transport occupés par du fer [1] [3].
La Haute Autorité de santé (HAS) a précisé en 2026 la place du CS-Tf dans certaines maladies chroniques à composante inflammatoire : maladie rénale chronique, insuffisance cardiaque, maladies inflammatoires de l’intestin et cancer. Dans ces contextes, ferritine et saturation doivent être interprétées ensemble, selon les recommandations propres à la maladie. Les seuils ne doivent pas être appliqués automatiquement à une personne en bonne santé [3].

Pour les soignants : seuils et bilan de la cause
– Hors inflammation chez l’adulte : ferritine <15 µg/L très spécifique ; seuil autour de 30 µg/L couramment utilisé, notamment dans les recommandations de l’Association européenne d’hématologie (EHA). L’ASH 2026 suggère ≤30 µg/L, et envisage ≤50 µg/L en présence de symptômes ou de facteurs de risque, avec des recommandations conditionnelles et une certitude faible à très faible selon la population [1] [2] [4].
– En présence d’une anémie : l’American Gastroenterological Association (AGA), société américaine de gastro-entérologie, utilise une ferritine <45 µg/L pour identifier une carence avant le bilan digestif. Ce seuil ne définit pas universellement toute carence sans anémie [8].
– Avec inflammation : une ferritine normale n’exclut pas la carence. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) propose <70 µg/L chez l’adulte dans ce contexte, avec faible certitude ; les maladies chroniques peuvent utiliser d’autres repères. Un CS-Tf <20 % est fréquemment retenu, mais doit rester contextualisé. L’ASH propose, devant une anémie inflammatoire, ferritine <100 µg/L ou CS-Tf <20 % [3] [4] [5].
– Chez l’homme et la femme ménopausée avec anémie ferriprive confirmée : rechercher une cause digestive ; une endoscopie haute et une coloscopie sont généralement recommandées, adaptées à l’état clinique [2] [8].
– Carence sans anémie : l’exploration invasive n’est pas automatique. Le seuil pour investiguer doit néanmoins rester bas chez l’homme, après la ménopause ou en présence de signes digestifs et d’antécédents familiaux [2].
Pourquoi le fer manque-t-il ?
Les règles abondantes : traiter aussi les pertes
Des règles abondantes ou prolongées peuvent entraîner des pertes supérieures à ce que l’alimentation compense. Des protections saturées rapidement, des changements nocturnes, des débordements ou des règles qui gênent la vie quotidienne méritent d’être décrits au médecin. Il n’est pas nécessaire de mesurer soi-même chaque millilitre pour demander de l’aide [1] [4].
Prendre du fer sans s’occuper du saignement expose à la récidive. Une évaluation gynécologique recherche sa cause et permet de discuter les traitements adaptés. Les pertes menstruelles peuvent aussi s’ajouter à des apports insuffisants ou à des besoins accrus, notamment pendant la grossesse [1].
Les saignements digestifs : parfois invisibles
Une perte digestive peut être discrète et répétée, sans sang visible dans les selles. Un ulcère, une inflammation, certaines lésions du tube digestif ou un cancer peuvent être en cause. Les anti-inflammatoires peuvent favoriser des lésions et des saignements ; un traitement anticoagulant peut révéler ou majorer une perte, sans dispenser d’en rechercher l’origine [2].
Chez un homme ou une femme ménopausée, une anémie ferriprive ne doit pas être expliquée trop vite par l’alimentation. Le médecin organise la recherche de la cause digestive, souvent avec une gastroscopie et une coloscopie. Cette démarche ne signifie pas qu’un cancer est certain : elle vise à ne pas laisser passer une cause traitable [2] [8].
Chez une femme qui a ses règles, l’existence de règles abondantes n’exclut pas une cause digestive. Le bilan est individualisé, notamment si l’anémie persiste, paraît disproportionnée, s’accompagne de douleurs, d’un amaigrissement ou de troubles du transit, ou s’il existe des antécédents familiaux. Les recommandations internationales diffèrent sur la place d’une endoscopie systématique dans cette population [2] [8].
Une alimentation végétarienne ne signifie pas automatiquement carence
Le fer des aliments végétaux est moins facilement absorbé que le fer dit héminique, présent dans les produits animaux. Une alimentation végétarienne ou végétalienne peut donc demander davantage d’attention à sa composition, surtout si les besoins sont élevés. Elle n’implique pas nécessairement une carence [1].
Légumineuses, tofu, certaines graines et aliments enrichis peuvent contribuer aux apports. Les associer à des aliments riches en vitamine C peut favoriser l’absorption du fer alimentaire. L’objectif n’est pas d’imposer la viande, mais de vérifier que les apports et les habitudes conviennent à la situation [1].
Une alimentation variée aide à prévenir les récidives. Mais elle ne suffit généralement pas, à elle seule, à corriger rapidement une anémie ferriprive constituée. Le traitement et le bilan de la cause restent nécessaires [1] [2].
Une absorption insuffisante ou d’autres pertes
La maladie cœliaque, certaines maladies inflammatoires de l’intestin et une chirurgie gastrique ou bariatrique peuvent limiter l’absorption. Une infection par Helicobacter pylori peut également être recherchée dans certaines situations. Le bilan dépend de l’histoire clinique et des premiers résultats ; tous ces examens ne sont pas prescrits à tout le monde [1] [2] [8].
Les dons de sang répétés, d’autres saignements ou certains médicaments peuvent contribuer au manque de fer. Un traitement qui réduit l’acidité gastrique peut notamment diminuer son absorption. Il ne faut pas arrêter un médicament important de sa propre initiative : le médecin doit apprécier sa nécessité et les solutions possibles [1] [2].
Comment bien prendre le fer par la bouche ?
Comprendre la dose prescrite
Le fer oral, ou fer pris per os, c’est-à-dire par la bouche, est souvent le premier choix. Il existe plusieurs sels et présentations. La quantité utile à comparer est celle de fer élémentaire, pas le poids total du sel ni le nombre de comprimés seul [1] [9].
Les recommandations récentes privilégient souvent une seule prise quotidienne, plutôt que des prises multiples. La dose exacte dépend toutefois de la spécialité, de l’importance du déficit, de la tolérance et du contexte. Les notices françaises peuvent prévoir des posologies différentes. On ne transforme donc pas un schéma présenté dans une étude en ordonnance personnelle [1] [2] [9] [13].
Un complément « bien-être » n’est pas nécessairement équivalent à un médicament prescrit pour une anémie. Et multiplier les produits contenant du fer expose à un excès. Signalez tous les compléments au médecin ou au pharmacien [1].
Un jour sur deux : ce que les études montrent vraiment
Après une prise de fer, une hormone appelée hepcidine augmente temporairement. Elle freine le passage du fer de l’intestin vers le sang. Espacer les prises peut donc améliorer la proportion de fer absorbée à chaque prise. Ce mécanisme a conduit à étudier les schémas un jour sur deux [1] [9].
Mais mieux absorber une dose ne signifie pas automatiquement corriger plus vite l’anémie. La quantité totale reçue et la durée du traitement comptent aussi. Un essai de 2023 chez 200 personnes de 16 ans ou plus, non enceintes, ayant une anémie avec hémoglobine ≤10 g/dL et des arguments de carence en fer, a comparé 60 mg de fer élémentaire par jour à 120 mg un jour sur deux, pendant huit semaines. Il n’a pas montré de différence significative de remontée de l’hémoglobine [10].
Une méta-analyse de 2025 regroupant 11 essais randomisés chez 1 014 participants âgés d’au moins 10 ans, avec anémie ferriprive et hors grossesse ou allaitement, n’a pas établi de supériorité robuste d’un rythme sur l’autre. Les études étaient hétérogènes et la certitude des résultats faible à très faible. La tolérance globale n’était pas clairement meilleure dans tous les essais, même si certains patients supportent mieux des prises espacées [11].
En pratique, le rythme un jour sur deux est une option à discuter, notamment si les effets digestifs rendent la prise quotidienne difficile. Il faut préciser la dose par prise et prévoir le contrôle biologique. Sauter spontanément un comprimé sur deux sans revoir l’ordonnance ne reproduit pas nécessairement le traitement étudié [2] [9].
À jeun si possible, avec de l’eau
Le fer est généralement mieux absorbé à distance des repas. Cependant, une prise pendant un repas peut aider si les nausées empêchent de poursuivre le traitement, selon la notice et le conseil du soignant. Une prise réellement suivie vaut mieux qu’un schéma théoriquement optimal abandonné au bout de quelques jours [2] [13].
Le thé, le café, les laitages et les compléments de calcium peuvent diminuer l’absorption lorsqu’ils sont pris en même temps. On recommande de les espacer du fer, souvent d’au moins deux heures selon la spécialité. Cela ne signifie pas qu’il faut les supprimer de l’alimentation [13].
Le fer interagit aussi avec certains médicaments, notamment la lévothyroxine, plusieurs antibiotiques, des antiacides et des traitements de l’ostéoporose. Le délai nécessaire varie selon le produit : faites vérifier l’ensemble de l’ordonnance par le pharmacien plutôt que de déplacer tous les traitements selon une règle unique [13].
La vitamine C n’est pas obligatoire
La vitamine C favorise l’absorption du fer alimentaire, mais l’intérêt d’un supplément ajouté systématiquement au médicament est discuté. L’AGA le conseille dans un avis d’experts américain de 2024, sans gradation formelle de la force de preuve ; la société britannique de gastro-entérologie (BSG) et les recommandations EHA européennes ne le recommandent pas systématiquement [1] [2] [9].
Un essai randomisé chez 440 adultes a retrouvé des résultats équivalents avec le fer seul ou associé à de la vitamine C pour la remontée de l’hémoglobine. Il n’est donc pas nécessaire d’ajouter de sa propre initiative un comprimé de vitamine C à chaque prise. Une indication individuelle peut néanmoins être retenue par le prescripteur [12].
Que faire des effets digestifs ?
Nausées, constipation, diarrhée ou douleurs abdominales peuvent survenir. Plutôt que d’arrêter en silence, il faut le signaler : une adaptation de la dose, du rythme, des conditions de prise ou de la préparation peut être discutée. Si cela ne suffit pas, une autre voie de traitement peut devenir pertinente [1] [2].
Les selles peuvent foncer sous fer oral. En revanche, des selles goudronneuses associées à un malaise, une douleur ou une aggravation ne doivent pas être considérées automatiquement comme un effet banal du médicament [2] [13].
Les bons réflexes pour le fer oral
– Respecter la dose et le rythme prescrits ; ne pas doubler après un oubli.
– Avaler le comprimé avec de l’eau, sans le mâcher ni le modifier si la notice l’interdit.
– Faire vérifier les interactions et signaler les effets indésirables.
– Garder le fer hors de portée des enfants : une ingestion accidentelle peut être grave [13].

Combien de temps dure le traitement et comment le surveiller ?
En cas d’anémie, un contrôle de l’hémoglobine est généralement prévu dans les deux à quatre premières semaines. Il permet de vérifier la réponse et de réagir si le traitement n’est pas pris, mal toléré ou insuffisamment absorbé. La vitesse de remontée dépend de la sévérité initiale et des pertes qui continuent éventuellement [1] [2].
Se sentir mieux ou retrouver une hémoglobine normale ne signifie pas que les réserves sont reconstituées. Les recommandations proposent habituellement de poursuivre le fer environ trois mois après la normalisation de l’hémoglobine, parfois davantage selon les pertes et le contexte. La durée totale se compte donc souvent en mois, pas en quelques jours [1] [2].
Dans une carence sans anémie, le suivi repose sur les symptômes, les réserves et la cause, puisque l’hémoglobine était déjà normale. La date du contrôle de ferritine et l’objectif sont fixés individuellement. Il n’existe pas de cible universelle à atteindre pour améliorer la fatigue ou faire repousser les cheveux [1] [7].
Si le bilan ne s’améliore pas malgré une prise correcte, il faut réexaminer la situation : pertes persistantes, malabsorption, inflammation, interaction ou autre cause d’anémie. Augmenter seul le nombre de comprimés n’est pas une réponse sûre [1] [2].
Quand faut-il recourir à une perfusion de fer ?
Les situations où la voie intraveineuse peut être utile
Le fer intraveineux (IV) passe directement dans la circulation, sans dépendre de l’absorption digestive. Il peut être indiqué quand le fer oral est inefficace, impossible à utiliser ou mal toléré malgré les adaptations, ou lorsqu’un besoin clinique justifie une reconstitution rapide des réserves. La carence doit être confirmée biologiquement [9] [14].
Certaines maladies digestives actives, une malabsorption après chirurgie ou des pertes importantes persistantes peuvent justifier ce choix plus tôt. Dans l’insuffisance rénale ou cardiaque, la décision suit des recommandations spécifiques. Une ferritine basse isolée ou la seule envie de « récupérer plus vite » ne suffisent pas à choisir une perfusion [1] [9].
Une perfusion de fer n’est pas une transfusion sanguine : elle apporte du fer, pas des globules rouges. Une anémie sévère avec symptômes importants demande une évaluation urgente ; la décision éventuelle de transfuser répond à d’autres critères et ne se prend pas sur la ferritine seule [1] [2].
Une administration surveillée, avec des risques à connaître
Le fer IV doit être administré dans un lieu équipé pour traiter une réaction allergique grave. Les réactions d’hypersensibilité sévères sont rares, mais possibles. Le résumé français des caractéristiques du carboxymaltose ferrique prévoit une surveillance pendant l’administration et au moins trente minutes après [14].
Ce produit peut aussi provoquer une baisse du phosphate sanguin, appelée hypophosphatémie. Une baisse persistante peut fragiliser les os. La surveillance du phosphate est particulièrement importante lors de doses élevées répétées, de traitements prolongés ou en présence de facteurs de risque. Une fatigue qui s’aggrave, des douleurs musculaires ou osseuses après le traitement doivent être signalées [14].
Les différentes spécialités de fer IV ne sont pas interchangeables : doses maximales et vitesse d’administration diffèrent. Le nombre de séances et le contrôle ultérieur sont déterminés par l’équipe soignante. La ferritine augmente après l’administration ; un dosage trop rapproché ne se lit pas comme celui réalisé avant le traitement [1] [15].
Grossesse et enfants : des schémas spécifiques
Pendant la grossesse, les seuils, les besoins et le traitement sont adaptés. Lorsqu’il est nécessaire, le fer IV est généralement réservé aux deuxième et troisième trimestres ; il n’est pas une solution de routine au premier trimestre. Le choix appartient à l’équipe qui suit la grossesse [1] [14].
Chez l’enfant et l’adolescent, les doses dépendent notamment de l’âge et du poids. Les schémas adultes, y compris le rythme un jour sur deux, ne doivent pas être transposés automatiquement [1].
Ce qui change : des précisions, pas une révolution
En 2026, la HAS a clarifié l’intérêt du coefficient de saturation de la transferrine dans certaines maladies chroniques inflammatoires. En septembre, l’ASH a publié des recommandations diagnostiques proposant des seuils de ferritine plus sensibles, mais souvent avec une certitude limitée. Ces textes ne sont ni une nouvelle norme française unique ni une invitation à traiter tous les résultats « un peu bas » [3] [4].
Côté traitement, la synthèse de 2025 renforce surtout un message pratique : le schéma un jour sur deux est une possibilité à individualiser, sans supériorité clinique générale démontrée. Les nouveautés diagnostiques de 2026 ne constituent pas une nouvelle recommandation thérapeutique [11].
À retenir : corriger le manque et éviter qu’il revienne
La démarche utile suit trois étapes : confirmer la carence, en chercher la cause, vérifier la réponse au traitement. La ferritine et la NFS se complètent ; les symptômes et le contexte évitent les interprétations trop rapides.
Le fer oral suffit souvent, à condition de choisir une prise tolérable et un suivi adapté. Une perfusion peut être une bonne solution lorsqu’elle est justifiée, mais elle ne remplace ni le bilan de la cause ni la surveillance. Traiter les règles abondantes, un saignement ou une malabsorption est aussi important que reconstituer les réserves [1] [2] [9].
Références
[1] Iolascon A, Andolfo I, Russo R, et al. Recommendations for diagnosis, treatment, and prevention of iron deficiency and iron deficiency anemia. HemaSphere. 2024;8(7):e108. Texte intégral. DOI : 10.1002/hem3.108.
[2] Snook J, Bhala N, Beales ILP, et al. British Society of Gastroenterology guidelines for the management of iron deficiency anaemia in adults. Gut. 2021;70(11):2030-2051. Texte intégral. DOI : 10.1136/gutjnl-2021-325210.
[3] Haute Autorité de santé. Place du coefficient de saturation de la transferrine pour le diagnostic de carence martiale dans les maladies chroniques avec composante inflammatoire. Rapport d’évaluation, mai 2026. Rapport.
[4] Powers JM, Lim MY, Achebe MO, et al. American Society of Hematology 2026 guidelines for diagnosis of iron deficiency. Blood Advances. Publication en ligne, 16 septembre 2026. Texte intégral. DOI : 10.1182/bloodadvances.2025015950.
[5] Organisation mondiale de la Santé. WHO guideline on use of ferritin concentrations to assess iron status in individuals and populations. Genève : OMS ; 2020. Recommandation.
[6] Houston BL, Hurrie D, Graham J, et al. Efficacy of iron supplementation on fatigue and physical capacity in non-anaemic iron-deficient adults: a systematic review of randomised controlled trials. BMJ Open. 2018;8:e019240. Texte intégral. DOI : 10.1136/bmjopen-2017-019240.
[7] Treister-Goltzman Y, Yarza S, Peleg R. Iron Deficiency and Nonscarring Alopecia in Women: Systematic Review and Meta-Analysis. Skin Appendage Disorders. 2022;8(2):83-92. Texte intégral. DOI : 10.1159/000519952.
[8] Ko CW, Siddique SM, Patel A, et al. AGA Clinical Practice Guidelines on the Gastrointestinal Evaluation of Iron Deficiency Anemia. Gastroenterology. 2020;159(3):1085-1094. Texte intégral. DOI : 10.1053/j.gastro.2020.06.046.
[9] DeLoughery TG, Jackson CS, Ko CW, Rockey DC. AGA Clinical Practice Update on Management of Iron Deficiency Anemia: Expert Review. Clinical Gastroenterology and Hepatology. 2024;22(8):1575-1583. Texte intégral. DOI : 10.1016/j.cgh.2024.03.046.
[10] Pasupathy E, Kandasamy R, Thomas K, Basheer A. Alternate day versus daily oral iron for treatment of iron deficiency anemia: a randomized controlled trial. Scientific Reports. 2023;13:1818. Texte intégral. DOI : 10.1038/s41598-023-29034-9.
[11] Dhanvijay AD, Patidar V, Singh J, et al. Efficacy of daily versus alternate day oral iron supplementation for management of anaemia among general population: a systematic review and meta-analysis. BMC Pharmacology and Toxicology. 2025;26:152. Texte intégral. DOI : 10.1186/s40360-025-00984-2.
[12] Li N, Zhao G, Wu W, et al. The Efficacy and Safety of Vitamin C for Iron Supplementation in Adult Patients With Iron Deficiency Anemia: A Randomized Clinical Trial. JAMA Network Open. 2020;3(11):e2023644. Texte intégral. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2020.23644.
[13] Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Tardyferon 80 mg, comprimé pelliculé : résumé des caractéristiques du produit. Document de spécialité, version du 14 janvier 2016. RCP.
[14] Base de données publique des médicaments, ANSM. Ferinject 50 mg de fer/mL : résumé des caractéristiques du produit. Mise à jour du 15 juillet 2026. RCP et fiche du médicament.
[15] Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé. Spécialités à base de fer pour injection intraveineuse : spécialités non interchangeables et risque d’erreur médicamenteuse. Information de sécurité.
Article rédigé par le Dr Michel Bensadoun, L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts concernant cet article.
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