Conseil 1 : Soyez un bon « chef d’orchestre » : formulez des questions claires
La qualité de la réponse d’une IA dépend directement de la qualité de votre question. Une requête vague obtiendra une réponse vague et potentiellement inutile. Pour obtenir une information pertinente, il est essentiel de fournir un contexte précis. Pensez à inclure des éléments comme l’âge, le sexe, les symptômes exacts, leur durée, et l’absence ou la présence d’autres signes (fièvre, fatigue, etc.).
Par exemple, au lieu de demander : « J’ai mal au ventre, qu’est-ce que c’est ? », essayez une formulation beaucoup plus détaillée : « Je suis un homme de 45 ans, sans antécédents médicaux notables. Depuis 3 jours, j’ai une douleur constante, que je décrirais comme une crampe, située en bas à droite de l’abdomen. Je n’ai pas de fièvre ni de nausées. Quelles pourraient être les pistes à explorer avec mon médecin ? ». Cette précision permet à l’IA de fournir des hypothèses bien plus ciblées et pertinentes, non pas pour poser un diagnostic, mais pour préparer la discussion avec un professionnel.
Conseil 2 : Devenez un « traducteur » expert : demandez à l’IA de simplifier le jargon
Les comptes-rendus médicaux, qu’il s’agisse de résultats de biologie, d’imagerie ou de consultation, sont souvent remplis d’un jargon technique difficile à déchiffrer pour un non-professionnel. L’une des utilisations les plus puissantes de l’IA est sa capacité à traduire ce langage complexe en termes simples et compréhensibles. N’hésitez pas à copier-coller un extrait de votre document (en ayant pris soin de retirer toute information personnelle, voir conseil 4) et à demander à l’IA : « Peux-tu m’expliquer ce que signifie ‘une discrète protrusion discale postéro-latérale gauche en L5-S1 sans conflit disco-radiculaire avéré’ en langage simple ? ». Cela peut vous aider à mieux comprendre votre situation et à formuler des questions plus précises à votre médecin.
Conseil 3 : Préparez votre consultation comme un pro
Une consultation médicale est un moment d’échange précieux, mais souvent court. Arriver préparé est la clé pour en tirer le meilleur parti. L’IA peut être une excellente assistante pour cela. Avant un rendez-vous, vous pouvez lui demander : « Je vais voir un cardiologue pour la première fois suite à des épisodes de palpitations. Quelles sont les questions importantes que je devrais lui poser pour m’assurer que nous couvrons bien le sujet ? ». L’IA peut vous aider à structurer votre pensée, à lister vos symptômes de manière chronologique, et à ne pas oublier les questions essentielles concernant le diagnostic, les examens à venir ou les options de traitement. Vous arrivez ainsi en consultation avec une trame claire, ce qui facilite grandement le travail du médecin et la qualité du dialogue.
Conseil 4 : Ne partagez que l’essentiel : protégez vos données personnelles
C’est une règle d’or absolue. Les intelligences artificielles généralistes comme ChatGPT ne sont pas des environnements sécurisés pour les données de santé. Elles ne sont pas soumises au secret médical et les conversations peuvent être utilisées pour entraîner les modèles futurs [3]. Il est donc impératif de ne jamais partager d’informations permettant de vous identifier. Anonymisez systématiquement vos requêtes. Ne donnez jamais votre identité : nom, date de naissance exacte, adresse, numéro de téléphone ou numéro de sécurité sociale. En revanche, les informations médicales générales comme un âge approximatif, le sexe ou les symptômes peuvent être partagées si elles restent anonymes. Au lieu de dire « Je m’appelle Jean Dupont, né le 1er janvier 1980… », dites « Je suis un homme d’environ 45 ans… ». De même, si vous copiez-collez un compte-rendu, assurez-vous de supprimer manuellement toutes les données d’identification avant de soumettre le texte.
Conseil 5 : L’IA est un assistant, pas un médecin : ne remplacez jamais une consultation
C’est le conseil le plus important. L’intelligence artificielle n’a pas de diplôme de médecine, elle n’a pas prêté le serment d’Hippocrate, elle ne peut pas réaliser d’examen clinique et n’a aucune intuition issue de l’expérience [4]. Elle ne peut, et ne doit, en aucun cas remplacer un avis médical humain. L’IA est un formidable outil de préparation, de compréhension et d’information, mais elle n’est pas un outil de diagnostic. Toute information obtenue doit être considérée comme une piste de réflexion à discuter avec un professionnel de santé qualifié, qui reste le seul habilité à poser un diagnostic et à proposer une prise en charge.
En cas d’urgence (douleur thoracique, essoufflement brutal, symptômes neurologiques soudains, hémorragie…), l’IA n’est jamais un recours. Appelez immédiatement les secours (15 ou 112).
Conseil 6 : Devenez un « fact-checker » : croisez toujours les sources
Les IA, aussi performantes soient-elles, peuvent commettre des erreurs, inventer des informations ou présenter des données obsolètes. C’est ce que l’on appelle des « hallucinations ». Il est donc crucial de ne jamais prendre pour argent comptant une information donnée par un chatbot sans l’avoir vérifiée. Adoptez une démarche de « fact-checking » systématique. Si l’IA mentionne une recommandation ou un chiffre, demandez-lui sa source et allez la consulter. Privilégiez toujours les sources institutionnelles et fiables pour la vérification, comme le site de la Haute Autorité de Santé (HAS), Ameli.fr, France Assos Santé, ou les sites des sociétés savantes reconnues [1].
Conseil 7 : Jouez la transparence : parlez-en à votre médecin
Certains patients peuvent hésiter à mentionner à leur médecin qu’ils ont utilisé une IA, de peur de paraître défier son autorité. C’est une erreur. Aborder le sujet de manière constructive peut au contraire enrichir considérablement la consultation. Plutôt que d’arriver en disant « ChatGPT m’a dit que j’avais telle maladie », essayez une approche collaborative : « Docteur, je me suis un peu renseigné avec une intelligence artificielle pour mieux comprendre mes symptômes, et cela a soulevé plusieurs questions pour moi. Pourrions-nous en discuter ? ». Cette démarche montre que vous êtes un patient engagé et curieux, et transforme l’IA en un support pour un dialogue plus approfondi, plutôt qu’en une source de conflit [4].
Conseil 8 : Utilisez l’IA pour explorer les options (avec prudence)
Une fois qu’un diagnostic a été posé par un professionnel de santé et que des options de traitement ont été évoquées, l’IA peut vous aider à mieux comprendre les tenants et les aboutissants de chaque possibilité. Vous pouvez lui demander, par exemple : « Mon médecin m’a parlé de la thérapie A et de la thérapie B pour ma condition. En vous basant sur les recommandations officielles de la HAS, pouvez-vous me résumer les avantages, les inconvénients et les effets secondaires courants de chacune ? ». Cela vous permet de participer de manière plus éclairée à la décision médicale partagée, en ayant une meilleure vision des alternatives.
Conseil 9 : Demandez un « second avis »… pour la compréhension
Le terme « second avis » est ici à prendre avec des pincettes. Il ne s’agit pas de demander à l’IA de contester le diagnostic de votre médecin. Il s’agit plutôt de l’utiliser pour vous assurer que vous avez parfaitement compris ce qui vous a été expliqué. Si une explication de votre médecin vous semble encore floue une fois rentré chez vous, vous pouvez demander à l’IA de la reformuler de différentes manières jusqu’à ce que tout soit clair. Par exemple : « Mon médecin m’a dit que j’avais une ‘stéatose hépatique non alcoolique’. Pouvez-vous m’expliquer ce que c’est, comme si j’avais 15 ans ? ». L’objectif est de s’approprier le diagnostic, pas de le remettre en cause.
Conseil 10 : Faites de l’IA un coach pour votre hygiène de vie
Au-delà de la gestion de la maladie, l’IA peut être une excellente alliée pour la prévention et le maintien d’une bonne santé au quotidien. Ses capacités peuvent être mises à profit pour des conseils pratiques, toujours à faire valider par un professionnel de santé. Vous pouvez lui demander des idées de recettes adaptées à une condition spécifique (« Je suis diabétique de type 2, peux-tu me donner 5 idées de petits-déjeuners à faible indice glycémique ? »), de vous proposer un programme d’exercices physiques progressif en fonction de vos capacités, ou encore de vous aider à suivre vos objectifs de santé. Elle devient alors un véritable coach personnalisé pour votre bien-être.
Conclusion
L’intelligence artificielle est un outil d’une puissance inédite, et son incursion dans le domaine de la santé est inéluctable. La question n’est plus de savoir s’il faut l’utiliser, mais comment bien l’utiliser. En adoptant une approche méthodique, prudente et collaborative, chaque patient peut transformer l’IA en une formidable alliée pour sa santé. L’objectif final n’est pas de court-circuiter la relation avec son médecin, mais au contraire de l’enrichir. En arrivant en consultation mieux informé, avec des questions plus pertinentes et une meilleure compréhension de son état, le patient devient un « patient augmenté ». Un partenaire plus éclairé dans le dialogue avec son médecin, pour une prise en charge plus efficace et une décision médicale véritablement partagée. C’est peut-être là que réside la plus belle promesse de l’IA en santé : non pas remplacer l’humain, mais renforcer l’alliance thérapeutique.

Références
[1] Haute Autorité de Santé. « Premières clefs d’usage de l’IA générative en santé ». Octobre 2025.
[2] The New York Times. « How to Safely Ask ChatGPT Your Health Questions ». 30 octobre 2025.
[3] Duly Health and Care. « The Dos and Don’ts of Using AI Chatbots for Health Advice ».
[4] Canadian Breast Cancer Network. « Before You Ask AI About Your Health, Read This ».
[5] France Assos Santé. « Lancement de « ChatGPT Health » : menace sur la consultation médicale ? ». Janvier 2026.
Article rédigé par le Dr Michel Bensadoun, L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts concernant cet article. Note : Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle, notamment pour l’assistance à la rédaction et à l’illustration. Le contenu a été soigneusement relu, validé et complété par l’auteur pour garantir sa fiabilité et sa pertinence.


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