Greffe de cornée : attente, techniques, suites et recherche
Une greffe de cornée consiste à remplacer tout ou partie de la cornée, le tissu transparent situé devant l’iris et la pupille. L’objectif est le plus souvent d’améliorer une vision devenue insuffisante, parfois de soulager une douleur ou de préserver un œil menacé par une lésion grave. [1] [2]
En France, 6 010 greffes de cornée ont été déclarées en 2024 à l’Agence de la biomédecine. Il existe plusieurs façons d’opérer : remplacer toute l’épaisseur de la cornée, sa partie antérieure ou seulement ses couches internes. Les résultats, les précautions et la durée de récupération ne sont donc pas identiques pour tous les patients. [11]
La prise en charge ne se limite pas à l’intervention. Il faut organiser l’accès au greffon, puis les collyres, la correction optique et les contrôles à long terme. La recherche explore aussi des alternatives à la transplantation classique, avec des niveaux de preuve et des disponibilités encore très différents. [2] [11]
Pourquoi proposer une greffe, combien de temps faut-il attendre et quels résultats peut-on en espérer ? Voici les repères utiles pour comprendre le parcours, les traitements du suivi et les pistes en développement.
Les points clés
- La technique dépend de la couche malade et de l’état du reste de l’œil. [1] [3]
- Le greffon habituel provient d’un donneur décédé et fait l’objet de contrôles dans une banque de tissus. [1] [4]
- La récupération est progressive. Des lunettes ou des lentilles peuvent rester nécessaires. [2]
- Les collyres et les contrôles doivent être poursuivis selon l’ordonnance, même si la vision paraît bonne. [2] [5]
- Un œil rouge, une douleur, une baisse de vision ou une sensibilité inhabituelle à la lumière justifient un contact immédiat avec l’équipe. [2]
À quoi sert la cornée ?
La cornée doit être transparente, suffisamment régulière et correctement hydratée pour laisser passer la lumière et participer à sa focalisation. Si elle devient opaque, gonflée ou très déformée, l’image peut être brouillée avant même d’atteindre la rétine, le tissu qui reçoit la lumière au fond de l’œil. [1] [2]
Deux couches aident particulièrement à comprendre les techniques de greffe. Le stroma constitue la majeure partie de l’épaisseur de la cornée. L’endothélium, une fine couche de cellules sur sa face interne, régule son hydratation. Quand ces cellules ne fonctionnent plus correctement, la cornée peut se charger en eau : c’est l’œdème cornéen, qui diminue sa transparence. [3] [5] [6]
La greffe vise à corriger ce problème cornéen. Elle ne répare pas, à elle seule, une rétine malade ou un nerf optique déjà endommagé. L’amélioration attendue dépend donc aussi des autres structures de l’œil. [1]
Quand envisage-t-on une greffe de cornée ?
Une greffe est généralement discutée lorsque les traitements moins invasifs ne permettent plus une vision satisfaisante, ou lorsque la maladie impose de remplacer le tissu pour soulager ou protéger l’œil. La décision ne repose pas sur une simple baisse d’acuité visuelle : elle tient compte de sa cause, du handicap ressenti et des alternatives. [2] [3]
Le kératocône avancé
Le kératocône est une maladie dans laquelle la cornée s’amincit et se déforme progressivement. Au début, des lunettes puis des lentilles spécialisées peuvent améliorer la vision. Le cross-linking, un traitement qui renforce les liaisons du collagène cornéen, peut être proposé pour freiner une progression documentée. Il ne faut pas le confondre avec une greffe. [3]
La transplantation reste une option de dernière ligne lorsque la déformation, les cicatrices ou l’amincissement sont trop importants pour obtenir une réhabilitation satisfaisante avec les autres moyens. Tous les kératocônes ne conduisent donc pas à une greffe. [3]
L’orthokératologie, qui remodèle temporairement la cornée avec des lentilles nocturnes pour corriger notamment la myopie, est une autre démarche. Elle ne remplace ni le traitement du kératocône ni une greffe lorsqu’elle est nécessaire.
La dystrophie de Fuchs et les défaillances de l’endothélium
Dans la dystrophie de Fuchs, les cellules endothéliales s’altèrent progressivement. La cornée peut devenir œdémateuse et la vision se brouiller. Une greffe endothéliale peut être proposée lorsque le retentissement le justifie. Une défaillance de l’endothélium peut aussi survenir dans d’autres circonstances, notamment après certaines interventions oculaires. [2] [5] [7]
Ici, le problème se situe surtout sur la face interne de la cornée. Si les couches antérieures restent suffisamment saines, les remplacer n’est pas nécessaire : c’est précisément l’intérêt d’une greffe sélective. [5] [7]
Les cicatrices, infections et traumatismes
Une infection sévère, une blessure ou une autre maladie cornéenne peuvent laisser une opacité durable. Une greffe peut alors avoir un objectif optique : laisser à nouveau passer la lumière dans de meilleures conditions. [1] [2]
Dans certaines situations graves, notamment lorsqu’un tissu infecté ou une perte de substance menace l’intégrité de l’œil, l’objectif prioritaire est différent. Il s’agit de traiter la lésion ou de refermer la cornée. Préserver l’œil et améliorer immédiatement la vision ne sont pas toujours le même objectif. [4]
Quelles sont les principales techniques ?
Le mot kératoplastie est le terme médical pour une greffe de cornée. Le principe est de conserver autant que possible les couches du patient qui fonctionnent encore. Il n’existe toutefois pas une technique « meilleure » pour toutes les maladies et tous les yeux. [1] [3] [5]
La greffe transfixiante : remplacer toute l’épaisseur
La kératoplastie transfixiante remplace un disque central de cornée sur toute son épaisseur. Le greffon est maintenu par des sutures très fines. Cette approche garde sa place lorsque l’atteinte ne permet pas de conserver utilement certaines couches, ou lorsqu’une greffe partielle n’est pas adaptée. [1] [3]
La cicatrisation et l’équilibre des sutures peuvent modifier la courbure de la cornée. Un astigmatisme, c’est-à-dire une irrégularité de courbure qui brouille l’image, est fréquent. La correction visuelle et l’éventuel retrait de fils s’organisent progressivement avec le chirurgien. [1] [2]
La DALK : conserver la couche interne saine
La kératoplastie lamellaire antérieure profonde, souvent appelée DALK d’après son nom anglais, remplace le tissu antérieur tout en conservant l’endothélium du patient. Elle est notamment intéressante dans certains kératocônes lorsque cette couche interne est saine. [3]
Conserver son propre endothélium évite le rejet d’un endothélium de donneur. Cela ne signifie pas « aucun rejet » ni « aucune complication » : des réactions peuvent concerner les tissus greffés, et la cicatrisation ou les sutures demandent une surveillance. Une difficulté opératoire peut aussi conduire à convertir le geste en greffe transfixiante. [1] [3]
La DMEK et la DSAEK : remplacer les couches internes
La kératoplastie endothéliale de la membrane de Descemet, ou DMEK, greffe l’endothélium avec sa très fine membrane de support. La kératoplastie endothéliale automatisée avec retrait de la membrane de Descemet, ou DSAEK, ajoute une fine portion de stroma postérieur. Une variante utilise un greffon particulièrement fin : la DSAEK ultrafine. [5] [6]
Le greffon est introduit par une petite incision. Une bulle d’air ou de gaz sert à l’appliquer contre la face interne de la cornée. Le chirurgien peut demander un positionnement précis après l’intervention, notamment sur le dos. Sa durée varie selon la technique et la situation : il faut suivre les consignes de l’équipe, pas un calendrier trouvé sur internet. [2] [5]
La DMEK offre en moyenne une récupération visuelle plus rapide et de meilleurs résultats visuels que la DSAEK ultrafine dans les études comparatives. En contrepartie, le greffon peut se décoller et nécessiter plus souvent une nouvelle injection de bulle. L’anatomie de l’œil et l’expérience de l’équipe participent au choix. [6]

D’où vient le greffon en France ?
Dans la greffe habituelle, la cornée provient d’un donneur décédé. Elle est prise en charge par une banque de tissus, où sa qualité est évaluée avant utilisation. Les contrôles portent notamment sur le don, le risque infectieux et la qualité des cellules endothéliales. La conservation et la traçabilité font partie de cette chaîne de sécurité. [1] [4]
Le don s’inscrit dans le cadre français des organes et des tissus, fondé notamment sur la gratuité, l’anonymat et le consentement présumé : après le décès, l’absence d’opposition exprimée du vivant est vérifiée. L’Agence de la biomédecine encadre ces activités et suit notamment les données des greffes de cornée. [8] [9]
Ces contrôles réduisent les risques sans rendre un tissu biologique totalement dépourvu de risque. Le chirurgien explique ce point lors de l’information préopératoire. [1] [4]
Combien de temps faut-il attendre un greffon ?
L’équipe d’ophtalmologie inscrit le candidat sur la liste nationale. L’attente dépend de l’indication, de son retentissement visuel, de la disponibilité d’un tissu adapté et de l’organisation du centre. Dans la greffe courante, il n’y a pas la même contrainte de compatibilité que pour une greffe de rein : l’intervention peut généralement être programmée à l’avance. [11] [12]
Les données françaises donnent des repères concrets. Dans les données des greffes déclarées en 2024, 31 % ont eu lieu dans le mois suivant l’inscription, 51 % dans les deux mois et 82 % dans les six mois. L’attente se compte donc souvent en semaines ou en quelques mois, mais elle peut être plus longue pour certains patients. [11]
Ces pourcentages commencent à la date d’inscription, pas à la première consultation. Ils décrivent les greffes réalisées cette année-là : ils ne permettent pas de prédire le délai de chaque nouvelle personne inscrite. Une moyenne nationale unique masquerait des situations très différentes. Le centre peut préciser le délai envisagé dans le cas particulier du patient. [11] [12]
Comment se prépare et se déroule l’intervention ?
Le bilan précise la maladie, les couches atteintes et le potentiel visuel. Il permet de discuter les solutions possibles et les limites attendues. Un glaucome, une maladie rétinienne ou d’autres antécédents oculaires peuvent influencer le résultat et l’organisation de la prise en charge. [1] [5]
La consultation préopératoire est aussi le moment d’évoquer les traitements en cours, les difficultés pour mettre les gouttes et l’aide disponible à domicile. Une ordonnance difficile à suivre doit être discutée avant l’opération, pas découverte une fois rentré chez soi.
L’intervention se déroule au bloc opératoire, sous microscope. L’anesthésie peut être locale, éventuellement associée à une sédation, ou générale selon le geste et le patient. Une sortie le jour même est possible dans certaines situations ; une hospitalisation peut être nécessaire dans d’autres. Il n’existe pas un parcours unique applicable à toutes les greffes. [1] [2]
Une opération de la cataracte peut parfois être réalisée en même temps. Ce choix se discute selon l’état de l’œil et ne signifie pas qu’une intervention combinée soit nécessaire pour tous. [1] [5]
Avant de rentrer, le patient doit connaître le traitement, la protection de l’œil, les rendez-vous et surtout le numéro à appeler en cas de problème. Ces informations pratiques sont aussi importantes que le nom exact de la technique.
Quand la vision revient-elle ?
La récupération visuelle est progressive. Les premières suites peuvent comporter un flou lié à l’œdème, à la cicatrisation ou, dans les greffes endothéliales, à la bulle présente dans l’œil. [2] [5]
Après une greffe endothéliale, une amélioration peut apparaître dans les premières semaines, puis se poursuivre pendant plusieurs mois. Après une DALK ou une greffe transfixiante, la stabilisation est souvent plus longue : elle peut dépasser un an, notamment en raison des sutures et de l’astigmatisme. [2] [5]
Une cohorte allemande publiée en 2025 fournit une mesure précise : parmi 2 956 premières greffes pour une dystrophie de Fuchs, le délai médian estimé pour atteindre une vision d’au moins 5/10 avec correction par lunettes était de 7,8 mois après DMEK, 12,4 mois après DSAEK et 37,9 mois après greffe transfixiante. Ce sont les délais d’atteinte d’un seuil visuel dans cette étude, pas ceux de la première amélioration ni du résultat maximal. [7]
Ces données montrent l’avantage de récupération des greffes endothéliales, mais ne constituent pas un calendrier individuel. L’âge, les autres maladies de l’œil, les techniques utilisées et les modalités de mesure influencent ces délais. [7]
Il faut distinguer plusieurs questions. La cornée est-elle redevenue transparente ? Quelle est la vision avec la meilleure correction ? Le greffon fonctionne-t-il durablement ? Ces résultats ne se confondent pas. Des lunettes, voire des lentilles spécialisées, peuvent rester nécessaires après une opération réussie. [1] [2] [7]
La reprise du travail dépend de la vision utile, de l’état de l’autre œil et des contraintes du métier. La conduite ne doit pas reprendre simplement parce que l’œil ne fait plus mal : elle suppose une vision légalement suffisante et l’accord médical approprié. [2]
Quels soins et quelles précautions après la greffe ?
Les corticoïdes : contrôler l’inflammation et prévenir le rejet
Les collyres corticoïdes, notamment la dexaméthasone, constituent la base du traitement local antirejet. Ils limitent l’inflammation et la réaction immunitaire contre le tissu greffé. La fréquence des instillations est généralement plus importante au début, puis adaptée progressivement ; la durée peut se compter en mois, voire se prolonger au-delà d’un an selon la greffe et le risque. [12] [13]
Dans certaines situations, l’ophtalmologiste peut choisir un corticoïde d’entretien tel que la fluorométholone, moins susceptible que des corticoïdes plus puissants de faire monter la pression oculaire, sans supprimer ce risque. Cela ne la rend pas interchangeable avec la dexaméthasone : la puissance anti-inflammatoire, le risque de rejet et la tolérance déterminent le choix. [13]
Leur principal point de vigilance est l’élévation de la pression à l’intérieur de l’œil chez les patients sensibles. Ils peuvent aussi favoriser certaines infections ou retarder la cicatrisation de surface. Il ne faut ni les arrêter spontanément ni les remplacer par un autre collyre anti-inflammatoire : le suivi sert précisément à ajuster le traitement et à surveiller ces effets. [13] [14] [15]
Les antibiotiques : prévenir ou traiter une infection, pas le rejet
Un antibiotique local, par exemple l’ofloxacine, peut être utilisé dans les premières suites selon le protocole de l’équipe et l’état de la surface cornéenne. Son rôle est antibactérien : il ne remplace pas le corticoïde et ne prévient pas un rejet immunologique. Une infection avérée demande parfois un traitement différent, décidé après examen. [7] [14]
Une antibiothérapie locale préventive au long cours n’est pas recommandée de manière systématique, notamment parce qu’elle favorise la sélection de bactéries résistantes. L’antibiotique n’a donc pas vocation à être reconduit indéfiniment « par sécurité ». [14]
Les larmes artificielles et les collyres contre la pression
Des larmes artificielles sans conservateur peuvent compléter les soins lorsque la surface oculaire est sèche ou fragile. Elles améliorent la lubrification et le confort ; elles ne sont pas des traitements antirejet. [15]
Si la pression oculaire augmente, le médecin peut ajouter un collyre hypotenseur, par exemple à base de timolol ou de dorzolamide. Ces médicaments abaissent la pression pour protéger le nerf optique ; ils ne sont pas prescrits systématiquement à tous les patients greffés. Le choix tient aussi compte des contre-indications personnelles. [15] [16]
Dans des greffes à haut risque, d’autres traitements immunomodulateurs peuvent être discutés par le spécialiste. La ciclosporine en collyre, par exemple, n’est pas un traitement obligatoire pour tous et son intérêt préventif ne doit pas être présenté comme équivalent à celui des corticoïdes. [13] [15]
L’article consacré au glaucome explique pourquoi une atteinte du nerf optique peut progresser sans douleur. Après une greffe, la surveillance de la pression reste importante même en l’absence de gêne.
Les rôles ne sont pas interchangeables : le corticoïde vise l’inflammation et le rejet, l’antibiotique le risque infectieux, les larmes artificielles la surface oculaire et le collyre hypotenseur la pression. L’ordonnance précise ce qui est nécessaire dans chaque situation ; aucun schéma de doses universel ne convient à toutes les greffes. [13] [14] [15] [16]
Protéger l’œil au quotidien
Éviter de se frotter l’œil, utiliser la protection prescrite et respecter les restrictions concernant l’eau, la piscine, le maquillage ou les activités exposant aux chocs font partie des soins. Les délais dépendent du geste et de la cicatrisation. La reprise du sport, du port de charges ou d’un travail physique doit être discutée avec l’équipe. [2] [5]
Un œil ayant subi une greffe, particulièrement une greffe transfixiante, doit rester protégé des traumatismes. La surveillance se poursuit à long terme, même lorsque les premiers mois se sont bien passés. [1]
Si une bulle d’air ou de gaz a été utilisée
La présence d’une bulle intraoculaire impose des précautions particulières. Ne prenez pas l’avion tant que l’équipe n’a pas confirmé sa disparition et autorisé le voyage. Discutez aussi les séjours en altitude avec le chirurgien ; la durée de ces restrictions n’est pas identique pour toutes les bulles. [5] [10]
Signalez cette bulle à tout soignant, notamment avant une anesthésie ou une administration de gaz antidouleur. Le protoxyde d’azote, présent dans certains mélanges comme le MEOPA, doit être évité tant qu’une bulle intraoculaire persiste, car il peut la faire augmenter de volume. Ces consignes concernent aussi une bulle réinjectée pour remettre le greffon en place. [10]
Quels sont les risques et les signes d’alerte ?
Rejet, décollement et perte de fonction : des problèmes différents
Le rejet est une réaction du système immunitaire contre le tissu du donneur. Il peut apparaître longtemps après l’opération. Lorsqu’il est identifié rapidement, un traitement, généralement à base de corticoïdes, peut permettre de préserver le greffon. La réussite n’est toutefois pas garantie. [1] [2]
Le décollement d’un greffon endothélial est un problème de positionnement ou d’adhérence, pas automatiquement un rejet. Il peut nécessiter une réinjection d’air ou de gaz, appelée rebubbling. Ce geste ne signifie pas à lui seul que la greffe est définitivement perdue. [5] [6]
Dans la cohorte allemande publiée en 2025, près de 20 % des DMEK avaient nécessité une réinjection de bulle. Ce chiffre dépend fortement de la technique, du type de bulle, de la période étudiée et de l’expérience de l’équipe. Il donne un ordre de grandeur dans cette série, pas le risque individuel de toute DMEK réalisée aujourd’hui. [7]
Enfin, un greffon peut perdre progressivement sa fonction, notamment parce que ses cellules endothéliales deviennent insuffisantes, sans épisode de rejet identifié. Infection, hausse de pression oculaire et astigmatisme font également partie des complications possibles. Une nouvelle greffe peut parfois être envisagée, mais son pronostic dépend du contexte. [1] [2] [7]
Les symptômes qui doivent faire appeler immédiatement
Après une greffe, contactez l’équipe sans attendre en cas de :
- rougeur nouvelle ou qui augmente ;
- douleur oculaire ;
- baisse de vision ou flou inhabituel ;
- sensibilité inhabituelle à la lumière, appelée photophobie. [2]
Un seul de ces signes suffit à demander un avis. Ils ne prouvent pas un rejet, mais peuvent révéler une complication qui nécessite un examen rapide. N’attendez pas le prochain contrôle. Si l’équipe est injoignable, consultez les urgences ophtalmologiques. [2]
Une apparition brutale d’éclairs lumineux, de nombreux points flottants ou d’un voile sombre dans le champ visuel demande également une évaluation urgente, notamment pour rechercher un problème rétinien. Ne tentez pas de distinguer vous-même un rejet d’une autre complication. [2]

Quels résultats peut-on attendre à moyen et long terme ?
Il faut distinguer la vision obtenue, les épisodes de rejet et la durée de fonctionnement du greffon. Ces résultats ne se confondent pas. Un greffon qui reste fonctionnel ne donne pas nécessairement une vision parfaite, notamment si la rétine ou le nerf optique sont malades. [1] [7]
Dans la cohorte allemande de 2 956 premières greffes pour Fuchs, la survie estimée du greffon à cinq ans était de 92 % après DMEK, 86 % après DSAEK et 98 % après greffe transfixiante. L’échec était défini par une perte de fonction conduisant à une nouvelle greffe : ces chiffres ne sont donc pas des pourcentages de patients ayant retrouvé une vision normale. [7]
La même étude estimait à dix ans les épisodes de rejet suspectés à 10 % après DMEK, 19 % après DSAEK et 13 % après transfixiante. Le résultat est cohérent avec un risque immunologique plus faible pour la DMEK dans cette série, mais ne signifie pas un risque nul. Un rejet peut aussi être traité sans perte définitive du greffon. [7]
Ces résultats viennent d’un seul centre et d’une étude rétrospective, avec des groupes très inégaux. Les opérations couvraient une longue période, et peu d’yeux étaient encore suivis à dix ans dans certains groupes. La décision de refaire une greffe peut elle-même varier selon le geste et le patient. Il ne faut donc pas transformer ces chiffres en classement universel : une transfixiante peut présenter une bonne survie tout en demandant une récupération plus longue et une correction optique plus complexe. [7]
Pour un patient, la question utile reste : « Quel résultat pouvez-vous raisonnablement attendre dans mon œil, avec ma maladie et cette technique ? » Le chirurgien peut préciser les facteurs favorables, les limites et les conséquences d’une éventuelle réintervention.
Quelles voies de recherche se développent ?
Les recherches ne visent pas toutes la même maladie ni la même couche de cornée. Certaines cherchent à remplacer des cellules endothéliales déficientes ; d’autres à renforcer le stroma ou à faire fonctionner les cellules encore présentes. Leur stade d’avancement doit être distingué de leur disponibilité pour un patient français. [17] [20] [21]
Injecter des cellules endothéliales cultivées
Une première approche consiste à multiplier en laboratoire des cellules endothéliales provenant d’un donneur, puis à les injecter dans l’œil. Elles sont associées à un inhibiteur de ROCK, une enzyme impliquée dans l’organisation et l’adhérence des cellules, pour favoriser leur installation sur la face interne de la cornée. L’objectif est de traiter certaines défaillances endothéliales sans transplanter un feuillet de tissu comme dans une DMEK. Une première étude humaine publiée en 2018 portait sur 11 patients : elle a établi la faisabilité, mais son faible effectif et l’absence de comparaison limitaient les conclusions. [17]
Le stade clinique est déjà avancé au Japon : le produit de thérapie cellulaire Vyznova, ou neltependocel, a obtenu une autorisation japonaise en mars 2023 pour la kératopathie bulleuse, une atteinte liée à un endothélium défaillant. Aux États-Unis, le programme AURN001 reste expérimental : son essai ASTRA de phase III, c’est-à-dire une étape de confirmation plus large, est en cours selon la fiche du registre mise à jour en septembre 2026, sans résultats affichés. Une autorisation japonaise ne vaut pas autorisation ni accès courant en France. [18] [19]
Renforcer la cornée avec un implant bio-ingéniéré
Pour le kératocône avancé, une autre piste utilise un implant de collagène porcin purifié et stabilisé, inséré dans le stroma pour épaissir et remodeler la cornée. Il ne remplace pas les cellules endothéliales. L’idée est de disposer d’un matériau reproductible pouvant réduire, pour certaines indications, le recours à une cornée humaine entière. [20]
Une étude pilote publiée en 2022 a traité 20 patients en Inde et en Iran, avec des améliorations de la forme cornéenne et de la vision sur deux ans. Il s’agissait toutefois d’un petit essai sans groupe comparateur. Le stade reste celui de l’évaluation clinique : ces résultats ne suffisent pas à établir l’équivalence avec une greffe classique, et une autorisation d’essai ne doit pas être confondue avec une autorisation de commercialisation. Cette approche n’est pas présentée ici comme un traitement disponible en routine en France. [20]
Stimuler les cellules restantes dans certains cas de Fuchs
Chez des patients soigneusement sélectionnés atteints de Fuchs, une technique peut retirer la petite zone centrale malade sans la remplacer par un greffon. Elle est appelée DSO, pour retrait seul de la membrane de Descemet. Les cellules endothéliales périphériques restantes doivent alors migrer vers le centre. Cette stratégie exige une réserve périphérique suffisante : elle n’est pas adaptée à toutes les formes, notamment les plus avancées. [21]
Des collyres inhibiteurs de ROCK sont étudiés pour favoriser cette récupération. Des résultats de phase II avec le ripasudil, publiés en 2026, sont encourageants ; un programme de phase III évaluant la formulation K-321 est documenté dans le registre européen. Il s’agit d’un médicament expérimental dans cet essai, pas d’un collyre antirejet standard à ajouter après toute greffe. Ces données n’établissent pas une disponibilité de la formulation en routine en France. [21] [22]
Ces pistes peuvent élargir les options et mieux utiliser les tissus disponibles. Elles ne rendent pas les kératoplasties habituelles obsolètes : la maladie, la couche atteinte et le niveau de preuve continuent de déterminer les choix.
Les questions à poser avant de se décider
Pour préparer la consultation
- Quelle couche de ma cornée est malade et quelle technique proposez-vous ?
- Quelles alternatives restent possibles ?
- Quel délai d’attente du greffon envisagez-vous dans mon cas ?
- Quel bénéfice visuel attendez-vous compte tenu du reste de mon œil ?
- Aurai-je une bulle, un positionnement particulier ou des restrictions de voyage ?
- Comment organiser les collyres, les contrôles et la reprise de mes activités ?
- Quel service dois-je contacter en urgence, y compris le soir ou le week-end ?
Ce qu’il faut retenir
La greffe de cornée peut améliorer une vision altérée par une maladie cornéenne, soulager certains patients ou préserver l’intégrité d’un œil. Les greffes partielles permettent, lorsque la situation s’y prête, de remplacer seulement les couches malades. Le choix reste individuel et le résultat dépend aussi du reste de l’œil. [1] [2] [3]
La récupération demande de la patience, parfois une correction optique complémentaire, et toujours un suivi adapté. Respecter les collyres, protéger l’œil et réagir rapidement à un symptôme nouveau sont des moyens concrets de prendre soin du greffon. [1] [2] [5]
Références
[1] Société française d’ophtalmologie, Syndicat national des ophtalmologistes de France. Fiche d’information n° 07 : opération de greffe de cornée. Révision novembre 2009. Document PDF.
[2] NHS. Cornea transplant. Page revue le 27 mai 2025. Information institutionnelle.
[3] Centre de référence national du kératocône, filière SENSGENE. Protocole national de diagnostic et de soins : kératocône. Document portant la mention janvier 2022, hébergé sur le site de la Haute Autorité de santé. Document PDF.
[4] Établissement français du sang, Banque de tissus Grand Ouest. Les cornées. Sans date affichée ; consulté le 15 octobre 2026. Information professionnelle.
[5] Royal Free London NHS Foundation Trust. Having a corneal transplant. Information aux patients consacrée aux greffes endothéliales ; consultée le 15 octobre 2026. Fiche hospitalière.
[6] Hurley DJ, Murtagh P, Guerin M. Ultrathin Descemet Stripping Automated Endothelial Keratoplasty (UT-DSAEK) versus Descemet Membrane Endothelial Keratoplasty (DMEK)—a systematic review and meta-analysis. Eye. 2023;37(14):3026–3032. DOI : 10.1038/s41433-023-02467-2. Texte intégral.
[7] Wilhelm TI, Gauché L, Böhringer D, et al. Ten-year outcomes after DMEK, DSAEK, and PK: insights on graft survival, endothelial cell density loss, rejection and visual acuity. Scientific Reports. 2025;15:1249. DOI : 10.1038/s41598-025-85138-4.
[8] Agence de la biomédecine. Don et greffe d’organes et de tissus : en bref. 22 avril 2025. Cadre institutionnel français.
[9] Collège des ophtalmologistes universitaires de France. Item 201 : prélèvement de cornée à but thérapeutique. Référentiel d’ophtalmologie en ligne, chapitre 9 ; consulté le 15 octobre 2026. Chapitre.
[10] Royal College of Ophthalmologists. Ophthalmic Safety Alert – Do not use nitrous oxide when there is gas in an operated eye. 18 décembre 2018. Alerte de sécurité.
[11] Agence de la biomédecine. Activité de prélèvement, de greffe de cornée et d’inscription en attente de greffe. Rapport médical et scientifique, données 2024 ; consulté le 15 octobre 2026. Chapitre officiel.
[12] Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild. Greffe de la cornée. Information institutionnelle ; consultée le 15 octobre 2026. Parcours, attribution des greffons et suivi.
[13] Magalhaes OA, et al. Literature review and suggested protocol for prevention and treatment of corneal graft rejection. Eye. 2020;34(3):442–450. DOI : 10.1038/s41433-019-0517-9. Texte intégral.
[14] Société française d’ophtalmologie. Complications infectieuses de la greffe de cornée. Rapport SFO 2024, chapitre 37. Texte du chapitre.
[15] Drevon A, Mouchel R, Burillon C. Troubles de la surface oculaire post-kératoplastie. Réalités Ophtalmologiques. 2022;287:30–34. Texte intégral PDF.
[16] Base de données publique des médicaments, ANSM. Dorzolamide/Timolol EG : résumé des caractéristiques du produit. Consulté le 15 octobre 2026. Indications et propriétés pharmacologiques.
[17] Kinoshita S, et al. Injection of Cultured Cells with a ROCK Inhibitor for Bullous Keratopathy. New England Journal of Medicine. 2018;378(11):995–1003. DOI : 10.1056/NEJMoa1712770.
[18] Pharmaceuticals and Medical Devices Agency, Japon. Vyznova / neltependocel : dossier d’évaluation et d’autorisation du 17 mars 2023. Dossier réglementaire officiel.
[19] ClinicalTrials.gov. ASTRA : AURN001, essai de phase III. NCT07368959. Registre consulté le 15 octobre 2026, dernière mise à jour affichée le 24 septembre 2026. Fiche de l’essai.
[20] Rafat M, et al. Bioengineered corneal tissue for minimally invasive vision restoration in advanced keratoconus in two clinical cohorts. Nature Biotechnology. 2023;41(1):70–81 ; mise en ligne en 2022. DOI : 10.1038/s41587-022-01408-w.
[21] Colby K, et al. Descemet Stripping Only in Fuchs Endothelial Corneal Dystrophy: Results of a Randomized Clinical Trial of Topical Ripasudil and Directions for Future Innovation. American Journal of Ophthalmology. Publication en ligne en 2026. DOI : 10.1016/j.ajo.2026.06.014.
[22] EU Clinical Trials Register. K-321 après retrait seul de la membrane de Descemet : essai de phase III. EudraCT 2021-006456-14. Consulté le 15 octobre 2026. Fiche réglementaire de l’essai.
Article rédigé par le Dr Michel Bensadoun, L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts concernant cet article.
Note : Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle, notamment pour l’assistance à la rédaction et à l’illustration. Le contenu a été soigneusement relu, validé et complété par l’auteur pour garantir sa fiabilité et sa pertinence.
Important : Cet article n’a pas vocation à remplacer une consultation médicale. Chaque situation est unique et nécessite une prise en charge individualisée.
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