Si les dangers à long terme d’une consommation excessive d’alcool sont universellement connus, les véritables moteurs qui poussent à une prise de conscience et à un changement de comportement sont souvent plus subtils et personnels. En 2026, la question n’est plus seulement de savoir pourquoi il faut arrêter, mais de comprendre ce qui, intimement, déclenche l’envie d’arrêter. Loin des discours alarmistes, cet article se concentre sur le « pourquoi » et le « comment » : quelles sont les motivations profondes, les bénéfices quasi immédiats ressentis par le corps et l’esprit, et les solutions modernes qui accompagnent cette démarche éminemment psychologique.
Points clés :
Le déclic : qu’est-ce qui motive à arrêter l’alcool ?
La décision de réduire ou d’arrêter sa consommation d’alcool est rarement une simple résolution. Elle est le fruit d’un cheminement intérieur, d’une maturation psychologique qui culmine souvent en un « déclic ». Ce moment de bascule est la clé de voûte du changement.
Au-delà de la peur : les nouvelles motivations du changement
Historiquement, la prévention s’est beaucoup appuyée sur la peur des conséquences à long terme : cirrhose, cancers, maladies cardiovasculaires. Si ces risques sont réels, la motivation en 2026 semble puiser à une autre source, plus immédiate et positive. Le désir d’un bien-être global, d’une meilleure clarté mentale, d’une performance physique et cognitive accrue devient un moteur essentiel.
Les initiatives comme le « Dry January » (Janvier Sobre) illustrent parfaitement ce changement de paradigme. Une étude de l’Université de Sussex menée sur près de 3 000 participants a ainsi quantifié les bénéfices ressentis après seulement un mois d’abstinence : 71% des participants ont déclaré mieux dormir, 58% ont perdu du poids, 57% ont constaté une meilleure concentration et 54% une plus belle peau [1]. Ces gains concrets et rapides constituent une récompense immédiate bien plus puissante que la simple éviction d’un risque futur et abstrait.

La psychologie de la décision : quand le “pourquoi” devient une évidence
L’un des plus grands obstacles au changement est l’ambivalence : une partie de soi veut arrêter, tandis qu’une autre y trouve encore des bénéfices (plaisir, désinhibition, habitude sociale). Cet état de tiraillement peut durer des années et bloque toute action. L’entretien motivationnel, une approche psychologique développée par Miller et Rollnick, vise précisément à explorer et à résoudre cette ambivalence, sans confrontation [2].
Le changement de comportement suit souvent un modèle théorisé par Prochaska et DiClemente, qui décrit plusieurs stades : la pré-contemplation (le problème n’est pas reconnu), la contemplation (le changement est envisagé), la préparation, l’action et enfin le maintien. Le « déclic » est souvent ce qui fait passer une personne du stade de contemplation à celui de préparation et d’action. Il peut s’agir d’une remarque d’un proche, d’une photo de soi qui déplaît, d’une performance professionnelle ou sportive ratée, ou simplement d’un matin de trop avec la « gueule de bois ». Ce n’est pas l’événement en lui-même qui est important, mais la nouvelle signification qu’on lui accorde. C’est le moment où les inconvénients de la consommation surpassent, de manière évidente, les bénéfices perçus.

Les répercussions immédiates sur la santé : ce que votre corps vous dit
Lorsque l’on arrête l’alcool, les premiers changements ne se font pas attendre. Le corps, libéré d’une substance qui est à la fois un neurodépresseur et une toxine, entame un processus de réparation dont les effets sont souvent spectaculaires et rapides. Ces bénéfices quasi instantanés sont un puissant carburant pour la motivation.
Une régénération visible en quelques jours
Dès les premiers jours sans alcool, le corps commence à se régénérer. Le foie, organe en première ligne, est l’un des premiers à en bénéficier. Comme l’explique le Professeur Patrick Marcellin, hépatologue, une stéatose hépatique (accumulation de graisse dans le foie) due à des excès peut commencer à régresser en quelques jours à quelques semaines d’abstinence [3]. Les premiers signes de réversibilité apparaissent rapidement, et cette détoxification se traduit par un regain d’énergie notable.
Le sommeil est un autre domaine où les améliorations sont flagrantes. Si l’alcool peut sembler aider à s’endormir, il perturbe en réalité profondément les cycles du sommeil, notamment le sommeil paradoxal, essentiel à la récupération nerveuse. L’arrêt de l’alcool permet de retrouver un sommeil plus profond et plus réparateur, ce qui explique la sensation d’être plus énergique et moins fatigué au réveil.
L’aspect de la peau s’améliore également. L’alcool déshydrate et provoque une inflammation qui peut ternir le teint et accentuer les rougeurs. En quelques semaines, la peau est mieux hydratée, plus lumineuse et le teint plus uniforme.
L’impact sur le poids et le bien-être général
L’alcool est une source importante de calories « vides », c’est-à-dire sans apport nutritif. Un gramme d’alcool pur représente 7 calories, auxquelles s’ajoutent les sucres présents dans de nombreuses boissons [3]. De plus, l’alcool ralentit le métabolisme des graisses et stimule l’appétit, désinhibant les comportements alimentaires, ce qui explique aussi la prise de poids observée chez les consommateurs réguliers. Stopper sa consommation permet donc souvent une perte de poids naturelle, sans autre changement de régime alimentaire. Cette transformation physique, visible sur la balance et dans le miroir, renforce le sentiment de reprise de contrôle sur son corps.

Les solutions pour arrêter : un accompagnement sur-mesure
En 2026, l’accompagnement au sevrage alcoolique a évolué vers une approche personnalisée et multidimensionnelle, où la psychologie occupe une place centrale. L’idée n’est plus d’imposer une abstinence stricte et unique, mais de co-construire un parcours adapté à la situation, aux motivations et aux ressources de chaque individu.
L’arsenal psychologique : comprendre et déconstruire la dépendance
Le cœur du réacteur dans la lutte contre la dépendance à l’alcool est psychologique. Il s’agit de dénouer les fils qui lient la consommation à des habitudes, des émotions ou des contextes sociaux. Plusieurs approches ont prouvé leur efficacité.
En deux phrases :
Phase 1 : L’entretien motivationnel est une technique de communication collaborative qui vise à renforcer la motivation propre d’une personne et son engagement vers le changement. Le thérapeute n’impose pas, il guide la personne à trouver ses propres raisons et solutions pour arrêter.
L’entretien motivationnel est souvent la première étape. Il permet au patient d’explorer son ambivalence sans jugement et de formuler lui-même les arguments en faveur du changement. Cette approche respectueuse est particulièrement efficace pour les personnes qui ne sont pas encore totalement décidées.
Phase 2 : Les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) prennent ensuite le relais pour le travail de fond. Elles sont considérées comme l’approche de référence en addictologie [4]. Les TCC aident le patient à :
-
Identifier les situations à risque : soirées, stress, solitude, moments de déprime ou d’ennui
-
Comprendre les pensées automatiques qui déclenchent l’envie de boire (« un verre va me détendre », « je mérite une récompense »)
-
Développer des stratégies d’adaptation (ou « coping ») pour faire face à ces situations sans recourir à l’alcool (respiration, activité physique, appel à un proche)
Il s’agit d’un véritable réapprentissage comportemental, qui donne des outils concrets pour gérer le quotidien et prévenir la rechute.
L’aide médicamenteuse : une béquille pour soutenir la volonté
Dans certains cas, un soutien médicamenteux peut être proposé, non pas comme une solution miracle, mais comme une aide pour faciliter le travail psychologique. Ces médicaments ne remplacent pas la volonté, ils la soutiennent.
Plusieurs classes de médicaments peuvent être utilisées selon la situation :
-
Nalméfène et baclofène : Agissent sur le système de récompense du cerveau pour diminuer l’envie impérieuse de boire (le « craving »). Leur objectif n’est pas toujours l’abstinence totale immédiate, mais une réduction progressive de la consommation, ce qui peut être une porte d’entrée moins intimidante vers le sevrage pour certains patients. Leur efficacité est variable selon les patients et leur prescription doit être strictement encadrée par un médecin.
-
Benzodiazépines : Prescrites sur une courte durée en cas de dépendance physique importante, elles gérent les symptômes physiques du manque (tremblements, anxiété, sueurs) et évitent les complications graves du sevrage. Leur utilisation ne doit jamais se faire en automédication et nécessite une surveillance médicale obligatoire.
Les outils de l’ère numérique et les approches complémentaires
La technologie offre aujourd’hui de nouveaux alliés pour soutenir le sevrage :
-
Applications mobiles : Des applications comme mydefi de la Société Française d’Alcoologie permettent de suivre sa consommation, de se fixer des objectifs et de recevoir des encouragements, renforçant ainsi le sentiment d’auto-efficacité.
-
Groupes de soutien : Qu’ils soient en présentiel (comme les Alcooliques Anonymes) ou en ligne, ils restent un pilier en offrant un espace de parole et de partage d’expériences sans jugement.
-
Approches complémentaires : La méditation de pleine conscience (mindfulness) ou l’auriculothérapie peuvent être utiles pour mieux gérer le stress et les envies de boire.

Conclusion :
le véritable pouvoir est dans le “pourquoi”
La démarche pour arrêter l’alcool en 2026 s’est humanisée. Moins centrée sur la peur et l’injonction, elle valorise la recherche d’un bien-être global et s’appuie sur une compréhension fine des mécanismes psychologiques de la motivation et du changement. Les bénéfices rapides et concrets sur le sommeil, l’énergie et l’apparence physique agissent comme de puissants renforçateurs positifs, tandis que les approches thérapeutiques modernes, comme l’entretien motivationnel et les TCC, offrent un accompagnement sur-mesure pour déconstruire la dépendance.
Plus qu’une simple question de volonté, reprendre le contrôle de sa consommation est un parcours personnel où l’identification de son propre « pourquoi » est le plus sûr gage de succès. C’est un chemin vers une meilleure connaissance de soi et une liberté retrouvée.
Après l’arrêt : la reconstruction identitaire et le retour au plaisir
La fin du sevrage n’est pas la fin du parcours, mais plutôt un nouveau début. Une question centrale émerge souvent : « Qui suis-je sans l’alcool ? ». Pour beaucoup, l’alcool a été un compagnon social, une façon de gérer les émotions, ou une part de leur identité. Son absence crée un vide qu’il faut combler. Cette reconstruction identitaire est une dimension psychologique majeure souvent sous-estimée. Il s’agit de réapprendre à se détendre sans alcool, à socialiser sans verre à la main, à célébrer ou à gérer les difficultés autrement. Cette phase de réadaptation peut être aussi importante que le sevrage lui-même. Le soutien psychologique continu, les groupes d’entraide, et la découverte de nouvelles sources de plaisir et de lien social (activités, hobbies, relations authentiques) sont essentiels pour consolider le changement et construire une vie épanouie sans alcool. C’est dans cette phase que l’abstinence devient véritablement une liberté plutôt qu’une privation.
L’alcool et la santé mentale : un lien bidirectionnel souvent méconnu
Alors que l’alcool est souvent consommé pour « décompresser » ou « oublier », la réalité physiologique est bien différente. L’alcool est un dépresseur du système nerveux central qui, malgré son effet relaxant immédiat, aggrave profondément l’anxiété et la dépression sur le moyen et long terme. Cette relation est bidirectionnelle : d’un côté, la consommation d’alcool augmente le risque de dépression et d’anxiose chronique ; de l’autre, les personnes souffrant de dépression ou d’anxiété sont plus susceptibles de recourir à l’alcool pour s’auto-médicamenter. Lors de l’arrêt de l’alcool, il est courant de ressentir un effet rebond anxieux dans les premières semaines, car le cerveau doit ré-apprendre à réguler naturellement son anxiété. C’est pourquoi l’accompagnement psychologique est si crucial : il aide à identifier les véritables causes du mal-être et à développer des stratégies saines pour gérer le stress et les émotions, bien au-delà de la simple abstinence.
Bénéfices cardiovasculaires : des changements rapides et mesurables
Au-delà des bénéfices visibles (sommeil, peau, énergie), l’arrêt de l’alcool produit des améliorations cardiovasculaires significatives et rapides. La tension artérielle commence à baisser dès les premières semaines, le rythme cardiaque se stabilise, et le risque de fibrillation auriculaire (une arythmie potentiellement grave) diminue considérablement. Ces changements sont particulièrement importants pour les personnes ayant une consommation chronique, chez qui l’alcool a provoqué une hypertension ou des troubles du rythme. Ces bénéfices, souvent détectables à la prise de tension ou à l’examen clinique, constituent une preuve tangible de l’impact positif de l’arrêt et peuvent servir de puissant levier de motivation.
Le cas particulier des jeunes adultes : entre expérimentation et « binge drinking »
La consommation d’alcool chez les jeunes adultes (18-25 ans) revêt des caractéristiques spécifiques qui méritent une attention particulière. Si la consommation régulière a tendance à baisser dans cette tranche d’âge, un phénomène reste préoccupant : l’alcoolisation ponctuelle importante (API), plus connue sous le nom de « binge drinking ».
En deux phrases : Le binge drinking est un mode de consommation qui consiste à boire une grande quantité d’alcool en un temps très court, dans le but d’atteindre rapidement un état d’ivresse. Il est défini par la consommation d’au moins 6 verres d’alcool pour les hommes et 4 pour les femmes en une seule occasion (généralement en moins de 2 heures).
Cette pratique, souvent perçue comme un rite social ou un moyen de désinhibition en contexte festif, n’est pas sans risques. Le cerveau des jeunes adultes est encore en phase de maturation jusqu’à environ 25 ans, notamment le cortex préfrontal, responsable de la prise de décision, de la planification et du contrôle des impulsions. Une exposition massive et répétée à l’alcool peut altérer ce développement, avec des conséquences à long terme sur les capacités cognitives et un risque accru de développer une dépendance plus tard dans la vie.
La prise en charge de ces jeunes consommateurs doit être adaptée. Elle ne vise pas toujours l’abstinence, mais plutôt une prise de conscience et une réduction des risques. Les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) sont des structures dédiées, gratuites et confidentielles, qui accueillent les jeunes et leur entourage. L’approche y est non-jugeante, centrée sur le dialogue, et vise à aider le jeune à s’interroger sur sa consommation, ses motivations, et à trouver des stratégies pour mieux la maîtriser sans pour autant s’isoler socialement. L’objectif est de renforcer leurs compétences psychosociales pour leur permettre de faire des choix éclairés pour leur santé.

L’alcool chez les femmes : des vulnérabilités spécifiques souvent méconnues
Les femmes face à l’alcool ne sont pas dans la même situation que les hommes. Leur corps métabolise l’alcool différemment, avec une sensibilité accrue due à une plus faible concentration en eau corporelle et en enzymes hépatiques dégradant l’alcool. Cela signifie qu’à quantité égale consommée, une femme atteint des niveaux d’alcoolémie plus élevés qu’un homme, avec des conséquences plus rapides et plus graves. Les risques de dégâts hépatiques (cirrhose, hépatite) se développent plus rapidement chez les femmes, et l’alcool augmente significativement le risque de cancer du sein, même à des niveaux de consommation modérés. Au-delà de l’aspect biologique, les femmes font face à des pressions sociales différentes : une consommation d’alcool peut être davantage jugée ou stigmatisée, ce qui peut retarder la prise de conscience et la demande d’aide. De plus, les femmes sont plus susceptibles de vivre des traumatismes ou de la violence, facteurs qui augmentent le risque de dépendance à l’alcool. L’arrêt de l’alcool chez les femmes offre donc des bénéfices particulièrement importants : protection accrue contre le cancer du sein, réduction du risque de cirrhose, et souvent une amélioration remarquable de l’estime de soi et de la santé mentale. Un accompagnement sensible à ces spécificités est donc essentiel.

Le défi des poly-addictions : quand l’alcool n’est pas seul en cause
Il est fréquent que la consommation problématique d’alcool s’inscrive dans un tableau plus large de polyconsommation, c’est-à-dire l’usage régulier d’au moins deux substances psychoactives. L’association la plus courante est celle de l’alcool et du tabac, mais les combinaisons avec le cannabis, la cocaïne ou des médicaments psychotropes sont également très répandues.
Cette situation complexifie à la fois le diagnostic et la prise en charge. Les substances interagissent entre elles, potentialisant leurs effets et leurs risques. Par exemple, la consommation simultanée d’alcool et de cocaïne produit dans l’organisme une troisième substance, le cocaéthylène, particulièrement toxique pour le cœur. De plus, l’alcool peut agir comme un déclencheur, diminuant l’inhibition et favorisant la consommation d’autres drogues, ou inversement.
La prise en charge d’une poly-addiction nécessite une approche intégrée et hiérarchisée. Il n’est pas toujours possible ou souhaitable de viser un sevrage de toutes les substances en même temps. Le plus souvent, le thérapeute et le patient définissent ensemble une stratégie par étapes. On peut par exemple commencer par s’attaquer à la substance qui cause le plus de dommages ou pour laquelle la motivation au changement est la plus forte. La prise en charge doit être globale et ne pas se focaliser sur un seul produit, mais bien sur le comportement addictif dans son ensemble, en explorant la fonction que remplit chaque substance pour la personne. Les structures comme les CSAPA sont particulièrement adaptées pour gérer ces situations complexes, grâce à leurs équipes pluridisciplinaires capables d’adresser les différentes facettes de la dépendance.

Questions fréquentes (FAQ)
1. Puis-je simplement contrôler ma consommation au lieu d’arrêter complètement ?
C’est une question centrale et la réponse dépend de votre niveau de dépendance. Pour les personnes ayant une dépendance sévère, avec des antécédents de sevrages difficiles ou des échecs répétés de contrôle, l’abstinence totale est souvent l’objectif le plus sûr et le plus recommandé. Cependant, pour des consommations à risque sans dépendance sévère, ou pour des personnes qui ne sont pas prêtes pour l’abstinence, la consommation contrôlée (ou réduction des risques) est une approche valide et reconnue. L’objectif est de réduire sa consommation pour atteindre un niveau à moindre risque (pas plus de 2 verres par jour, et pas tous les jours, avec un maximum de 10 verres par semaine). Des médicaments comme le nalméfène peuvent être prescrits spécifiquement pour aider à atteindre cet objectif. L’important est de définir cet objectif avec un professionnel de santé qui pourra évaluer la meilleure stratégie pour votre situation.
2. Est-il possible et sûr d’arrêter de boire seul ?
Arrêter seul est possible pour les personnes qui n’ont pas de dépendance physique à l’alcool. Cependant, cela est fortement déconseillé et peut être dangereux pour les personnes qui boivent quotidiennement et en grande quantité. L’arrêt brutal de l’alcool peut provoquer un syndrome de sevrage sévère, dont la complication la plus grave est le delirium tremens, une urgence médicale potentiellement mortelle. Les symptômes de sevrage peuvent inclure des tremblements, des sueurs, de l’anxiété, des hallucinations et des crises d’épilepsie. Il est donc impératif de consulter un médecin avant d’entreprendre un sevrage. Le médecin pourra évaluer le risque, prescrire un traitement pour soulager les symptômes (souvent des benzodiazépines pour une courte durée) et organiser un suivi médical sécurisé, qui peut se faire en ambulatoire ou lors d’une courte hospitalisation.
3. Que peut faire l’entourage avant même la prise de conscience de la personne ?
C’est la situation la plus délicate pour les proches. Avant la prise de conscience (au stade de « pré-contemplation »), la personne est souvent dans le déni et ne perçoit pas son comportement comme problématique. L’entourage doit alors agir avec tact et stratégie, car la confrontation directe est souvent contre-productive. Il est conseillé d’éviter le jugement et les reproches, qui ne font que renforcer les défenses et le déni. Il est plus constructif de parler en « je » pour exprimer son propre ressenti (« Je m’inquiète pour ta santé quand je te vois boire autant ») plutôt que d’accuser (« Tu bois trop »). Le choix du moment est crucial : il faut aborder le sujet au calme, jamais lorsque la personne est sous l’emprise de l’alcool. Poser des limites claires, sans ultimatum, est également important, par exemple en refusant de couvrir les conséquences de l’alcoolisation (ne pas mentir pour justifier une absence au travail). Cela aide la personne à se confronter à la réalité de sa consommation. Une autre stratégie peut être de suggérer une consultation pour un autre motif (fatigue, stress), ce qui peut être une porte d’entrée pour que le professionnel aborde la question de l’alcool. Enfin, il est essentiel que les proches se fassent aider eux-mêmes. Consulter un professionnel ou se tourner vers des associations d’aide aux familles (comme Al-Anon ou les CSAPA) est fondamental pour ne pas s’épuiser et adopter la bonne posture.
4. Où peut-on trouver de l’aide concrète en France ?
De nombreuses structures existent et offrent un soutien gratuit et confidentiel. Le premier interlocuteur est le médecin traitant, qui peut évaluer la situation, prescrire un traitement si nécessaire et orienter vers des structures spécialisées. Les CSAPA (Centres de Soin, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) sont présents sur tout le territoire et regroupent des équipes pluridisciplinaires (médecins, psychologues, infirmiers, assistants sociaux) pour une prise en charge complète et gratuite. Alcool Info Service est un service national d’aide à distance, accessible par téléphone (0 980 980 930, appel non surtaxé) ou via internet, offrant écoute, information et orientation. Enfin, les associations de patients et d’entraide jouent un rôle fondamental dans le soutien et le maintien de l’abstinence sur le long terme.
5. Les Alcooliques Anonymes (AA) sont-ils toujours d’actualité en 2026 ?
Absolument. Plus de 80 ans après leur création, les Alcooliques Anonymes restent une ressource majeure et très pertinente. Leur approche, basée sur le partage d’expériences entre pairs et un programme en douze étapes, a prouvé son efficacité pour des millions de personnes dans le monde. En 2026, les AA se sont modernisés : en plus des réunions en présentiel qui maillent tout le territoire, ils proposent de nombreuses réunions en ligne, ce qui les rend encore plus accessibles. Leur force réside dans le soutien inconditionnel et sans jugement qu’ils offrent, 24h/24. Pour quelqu’un qui cherche à arrêter, assister à une réunion (même « ouverte », pour simplement écouter sans s’engager) peut être une expérience puissante et un formidable levier de motivation.
6. Quel comportement adopter en présence d’une personne alcoolique lors d’événements sociaux (dîner, soirée) ?
Se retrouver face à une personne en processus de sevrage ou d’abstinence lors d’événements sociaux peut être délicat pour les deux parties. Voici quelques principes pour faciliter la situation. Avant tout, ne pas imposer l’alcool : même si la personne refuse un verre, ne pas insister ou faire de commentaires. Proposer simplement des alternatives (eau, jus, boissons sans alcool) sans faire de cas de cette préférence. Normaliser l’absence d’alcool : reconnaître que boire de l’alcool n’est pas une obligation sociale et que de plus en plus de personnes choisissent de ne pas boire (pour des raisons de santé, de bien-être, ou simplement de préférence personnelle). Inclure la personne dans les activités : ne pas la laisser à l’écart sous prétexte qu’elle ne boit pas. Elle peut participer pleinement à la conversation, aux jeux, aux repas. Respecter les limites : si la personne souhaite partir plus tôt ou éviter certains contextes (par exemple, une soirée trop alcoolisante), ne pas le prendre personnellement. C’est un acte d’auto-protection légitime. Ne pas parler de sa consommation : éviter de faire des remarques du type « Tu as l’air en forme depuis que tu ne bois plus » ou « Tu dois trouver ça difficile de refuser ». Ces commentaires, même bienveillants, peuvent mettre la personne mal à l’aise. Montrer du soutien discret : un simple « Je suis fier de toi » ou « Je suis là si tu as besoin » peut être puissant, mais sans en faire un grand sujet de conversation. L’objectif est que la personne se sente accueillie et normale, pas comme une « cause spéciale ».
Références et bibliographie
Sources consultées pour cet article
Cet article s’appuie sur 4 sources scientifiques et de référence, incluant des publications de vulgarisation médicale de haut niveau (Inserm, portails spécialisés en addictologie) et des ressources suisses reconnues. Les références couvrent la période 2020-2026 pour garantir l’actualité des informations sur les approches psychologiques et les solutions d’accompagnement à l’arrêt de l’alcool.
Liste des références
[1] Journal des Femmes. « Dry January 2026 : date, quels bienfaits quand on arrête l’alcool 1 mois ? ». Janvier 2026.
Apport : Cet article relaie les résultats de l’étude de l’Université de Sussex sur les bénéfices ressentis lors du Dry January (amélioration du sommeil, perte de poids, concentration, apparence de la peau) et cite des experts hépatologues sur les effets rapides de l’abstinence sur le foie.
[2] Stop-alcool.ch. « Les approches motivationnelles ». 2021.
Apport : Cette page décrit en détail les principes de l’entretien motivationnel selon Miller et Rollnick, une approche psychologique clé pour résoudre l’ambivalence face au changement et explorer les motivations intrinsèques.
[3] Inserm. « Et si on arrêtait l’alcool ? ». 2024.
Apport : Entretien avec le neurobiologiste Mickael Naassila qui démystifie le « French Paradox » et souligne l’absence de bénéfice santé à la consommation d’alcool, tout en confirmant les effets positifs de l’arrêt sur la détoxification hépatique et les fonctions cognitives.
[4] Addictaide. « Alcool – Les traitements ». 2024.
Apport : Ce portail de référence en addictologie confirme que les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont les approches les plus souvent utilisées et reconnues dans le traitement des troubles de l’usage de l’alcool, avec détails sur les stratégies d’adaptation et la prévention des rechutes.
Article rédigé par le Dr Michel Bensadoun.
L’auteur ne déclare aucun conflit d’intérêts concernant cet article.
Note : Cet article a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle, notamment pour l’assistance à la rédaction et à l’illustration. Le contenu a été soigneusement relu, validé et complété par l’auteur pour garantir sa fiabilité et sa pertinence.
Important :


Laisser un commentaire